Publié le 09/09/2014

Le sud Seine-et-Marne affiche ses ambitions !

L’immeuble “Le Tavernier” à Fontainebleau, situé en face de l’INSEAD, accueillera le centre d’affaires / télécentre “STOP & WORK” dès septembre.
L’immeuble “Le Tavernier” à Fontainebleau, situé en face de l’INSEAD, accueillera le centre d’affaires / télécentre “STOP & WORK” dès septembre.

C'est l'heure de la reconquête pour le Sud Seine-et-Marne qui a engagé son processus de revitalisation économique destiné à pallier la disparition, ces quinze dernières années, d'industries souvent anciennes. Un pacte a été passé entre la Région, le Département et huit communautés de communes du territoire.

Forts d'un diagnostic partagé et d'une stratégie commune, tous les acteurs du territoire sont mobilisés dans un dispositif partenarial, animé par Seine-et-Marne Développement, pour faire émerger de nouvelles filières d'activités, accompagner les PME/PMI dans leur dynamique de croissance et moderniser une offre immobilière encore insuffisante.

Silec Cable SAS, acteur du développement économique du Sud Seine-et-Marne

 

CAP AU SUD !

En mobilisant tous les acteurs et dispositifs du développement économique, le Pacte Sud 77 va permettre de renforcer l'attractivité du territoire et de favoriser l'émergence de secteurs d'activités créateurs d'emplois.

Innovation, emploi, formation, enseignement supérieur et recherche... le Sud Seine-et-Marne a bel et bien décidé de faire feu de tout bois. Une page a été tournée, le 22 mai dernier, avec la création de l'association Pacte Sud 77 (voir notre encadré), faisant elle-même suite à la signature en 2013 de la convention liant la Région, le Département et les intercommunalités concernées.“Ces quinze dernières années, ce territoire a souffert de la fermeture d'entreprises industrielles importantes, analyse Gérard Eude, le président de Seine-et-Marne Développement. Dans un premier temps, une action a été entreprise au travers d'un Groupement d'Intérêt Public (GIP) qui a eu le grand mérite de mettre en cohérence les actions de développement territorial et de revitalisation nécessaires. Aujourd'hui, nous passons à la vitesse supérieure avec la conviction, unanimement partagée, qu'aucune intercommunalité ne possède à elle seule la taille critique suffisante pour tirer son épingle du jeu”.

Co-construire une stratégie territoriale

Initié avec succès par la Région Île-de-France depuis 2007, le pacte est apparu comme le meilleur outil pour la mise en œuvre de la stratégie territoriale qui s'impose. à l'exemple du territoire de Sénart Melun qui est en train de renouveler son propre pacte, le Sud Seine-et-Marne va donc pouvoir jouer groupé. “L'objectif est de co-construire une stratégie de développement mobilisant tous les dispositifs existants pour répondre, aussi finement que possible, aux problématiques rencontrées sur un territoire clairement identifié, explique Annick Austoni, Déléguée Territoriale pour la Seine-et-Marne au Conseil régional d'Île-de-France.

Outre la mise en place d'une gouvernance partagée et d'une animation portée par Seine-et-Marne Développement, trois axes ont été retenus pour conforter et développer le tissu économique, notamment au travers de l'émergence de nouvelles filières, afin de renforcer l'accompagnement des entreprises et de structurer une image territoriale.

Elisa Pagès, l'animatrice du pacte, fait état de plusieurs initiatives significatives, “telles la création d'un Campus Numérique à Montereau-Fault-Yonne et de télécentres à Montereau-Fault-Yonne ou Bois-le-Roi, l'extension d'une ZAE en éco-pôle à Ecuelles ou la mise en œuvre d'une RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) territoriale sur la communauté de communes du Gâtinais-Val de Loing. Un projet de création de pôle de services est également à l'étude à Voulx. 11 des 13 premières actions décidées par les partenaires sont déjà en cours de mise en œuvre. Il n'y a pas de temps à perdre !”

Campus numérique de Montereau-Fault-Yonne, initiative significative du Pacte Sud 77

 

L'union fait la force

La première réussite du Pacte Sud 77 est incontestablement d'avoir réussi à fédérer huit intercommunalités et de nombreux acteurs du développement du territoire (1). Pas un élu ou presque ne manquait à l'appel, en décembre dernier quand il s'est agi de parapher la convention unissant pour trois ans tous ceux qui entendent donner un nouvel élan à un vaste territoire (7 cantons, 103 communes, 182 000 habitants englobant les communautés de communes Bocage du Gâtinais, les Deux Fleuves, Gâtinais-Val de Loing, Moret Seine-et-Loing, Pays de Fontainebleau, Pays de Seine, Terres du Gâtinais, Pays de Nemours et Entre Seine et Forêt). Tous les signataires du pacte siègent également au sein de la nouvelle association Pacte Sud 77 présidée par la conseillère régionale Roselyne Sarkissian.
(1) La Région Île-de-France, le Département de Seine-et-Marne, Seine-et-Marne Développement, Seine-et-Marne Tourisme, les chambres consulaires, les fédérations professionnelles, les missions locales de Montereau-Fault-Yonne et Nemours, le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français, les Pôles Emploi de Fontainebleau-Avon, Montereau-Fault-Yonne, Nemours, et les structures de développement économique, de l'emploi et de l'insertion.

 

Interview : Marie-Thérèse Blanot, Directeur général de Silec Cable SAS à Montereau-Fault-Yonne et Varennes-sur-Seine.

Quel regard portez-vous sur la dynamique créée par le Pacte Sud 77 ?

MT.B. : Elle est indispensable : une entreprise n'est rien toute seule, même si elle appartient, comme Silec Cable, à un groupe international. Elle a besoin d'être en lien avec des universités, des grandes écoles et l'ensemble des acteurs du développement économique. Toutes les synergies sont donc précieuses.

Votre société s'est fortement impliquée dans la création du campus numérique de Montereau-Fault-Yonne.

Quelles étaient vos attentes ?

MT.B. : Effectivement, nous avons participé très en amont au projet, à l'expression des besoins et à la définition du cahier des charges. Ces prochaines années, la fibre optique va peu à peu supplanter le cuivre. Il faut s'y préparer. Notre entreprise a enregistré une croissance de près de 40 % dans ce secteur d'activité, au cours des deux dernières années, et cela s'est traduit par une quinzaine de recrutements.

Plus globalement, qu'attendez-vous de la démarche partenariale du Pacte Sud 77 ?

MT.B. : Avant tout une amélioration des infrastructures et des accès à notre territoire. Cela vaut bien évidemment pour le développement du réseau numérique. Le très haut débit arrive cette année à Montereau-Fault-Yonne et nous nous raccorderons dès que possible.

“Le tissu local est la première richesse d'une entreprise.”

 

PRIORITÉ À L'ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES

Espace Graphic à Écuelles - entreprise du Sud Seine-et-Marne accompagnée dans son développement.

 

À travers son pacte, le Sud 77 s'est doté d'un véritable guichet unique pour accompagner les entreprises dans leur croissance. Ce qui passe notamment par le renforcement et la diversification de l'offre immobilière existante.

Les implantations exogènes se faisant rares, la croissance et la création d'emplois sont donc d'abord à chercher dans le tissu des PME / PMI déjà existant. En ce sens, l'axe du Pacte Sud 77 consacré au renforcement de l'accompagnement des entreprises du territoire est particulièrement essentiel.

Cet accompagnement passe par la fédération de tous les acteurs (1) et de tous les dispositifs qu'ils peuvent mobiliser. “Le club des développeurs que nous avons constitué à cette fin est tout à fait exemplaire, observe Lydie Benko, chargée de mission à Seine-et-Marne Développement. Une fois par trimestre, nous nous réunissons pour partager nos informations et nous entraider pour pallier les difficultés ou faciliter les projets de telle ou telle entreprise. Par exemple, il y a quelques mois, nous avons pu obtenir une aide à l'innovation pour Handpresso, une jeune PME très prometteuse de Fontainebleau, positionnée sur la niche des machines expresso portables”.

Initiée rapidement après la mise en place du GIP Sud 77 en 2006, cette action a déjà permis d'accompagner plus d'une cinquantaine d'entreprises qui sont ensuite régulièrement suivies dans leur développement. Ce dernier nécessite souvent de faciliter et de sécuriser leur parcours immobilier, de l'accueil dans une pépinière jusqu'à l'acquisition de locaux propres. “Sur ce point aussi, nous jouons dorénavant groupés”, se réjouit Lydie Benko. Le diagnostic opéré avant la mise en place du pacte laissait en effet apparaître une offre insuffisante sur certains créneaux, par exemple les petits locaux d'activités, et des programmes plus concurrents que complémentaires entre les territoires.

Aujourd'hui, fortes d'une analyse des besoins partagés, les intercommunalités peuvent faire porter leur effort au plus près des attentes des entreprises. Cela se traduit actuellement par une contribution active de leur part à la constitution du réseau Initatives Télécentres 77 (voir notre rubrique “à la Carte” p. 13), mais aussi à de nombreux investissements. Ainsi à Egreville, la Communauté de communes du Gâtinais-Val de Loing étudie la possibilité d'étendre sur 11 ha supplémentaires la Zone d'activités du Bois des Places. à Nemours, un collège désaffecté va faire place à un vaste ensemble comprenant une pépinière, un hôtel d'entreprises, un tiers lieu (télécentre et coworking) et un village artisanal.

(1) collectivités, institutions, administrations, chambres consulaires, professionnels de l'emploi, de la formation ou de l'insertion...

 

Fontainebleau ouvre le premier Stop & Work

La Communauté de communes du Pays de Fontainebleau a choisi Stop & Work, le consortium réunissant Regus, Orange et la Caisse des Dépôts pour gérer le centre d'affaires / télécentre qu'elle ouvre en ce mois de septembre en face de l'INSEAD. La collectivité a investi 2,5M€ avec le soutien de l'état, de la Région Île-de-France et du Département de Seine-et-Marne dans ce bâtiment mixant, sur 1 200 m2 et 4 niveaux, un business lounge, 22 postes en espace partagé et 30 bureaux cloisonnés. Cet équipement visant à renforcer l'offre du territoire en matière d'accueil des entreprises et des salariés en mobilité offrira, à des prix abordables et conditions flexibles, de multiples services (tels que visio-conférence, salles de réunion, offres télécom associées à la fibre optique, cuisine partagée, programmes événementiels). Des services qui bénéficieront également aux entreprises de la pépinière qui s'installent au second étage.

 

L'entreprise Depolia, déjà présente sur la zone d'activités d'Écuelles, prévoit une extension de sa déchèterie.

 

BIENTÔT UN ÉCO-PÔLE À MORET SEINE & LOING

Sur un territoire majoritairement agricole, la Communauté de communes de Moret Seine & Loing a choisi de miser sur des éco-activités non délocalisables : son éco-pôle ouvrira ainsi début 2016.

Les travaux de viabilisation et d'aménagement de l'éco-pôle des Renardières ont été bouclés avant le début de l'été à écuelles. La Communauté de communes de Moret Seine & Loing investit, avec l'aide de l'état et de la Région Île-de-France, 2,1 M€ sur cette extension de 9 ha de la zone d'activités déjà existante afin de doter son territoire d'un pôle matériaux énergie nouvelle génération, lequel permettra à son économie de reprendre des couleurs après une période difficile marquée par la perte de nombreux emplois industriels. “Du coup, les élus ont décidé de miser sur des filières locales et non délocalisables, résume Stéphane Brédillard, le responsable du développement local à la Communauté de Communes. Sur un territoire majoritairement agricole (50 %) et boisé (33 %), l'éco-pôle avait une place toute... naturelle”.

La zone affiche déjà presque complet

Pari gagnant semble-t-il puisqu'avant même son ouverture, prévue début 2016, l'éco-pôle affiche déjà quasiment complet. “La construction des locaux d'Equimeth (voir ci-contre) et de Biomasse Environnement Systèmes va démarrer avant la fin de l'année, annonce Stéphane Brédillard. Sont également attendues deux entreprises dédiées à l'éco-construction et à la transformation des polymères, ainsi que l'extension de la déchèterie Depolia (2,7 ha), déjà présente sur la zone d'activités”.

L'implantation de Biomasse Environnement Systèmes suscite notamment beaucoup d'intérêt. Cette SAS mise en effet sur le miscanthus, une plante idéale qui pousse rapidement, sans engrais et qui affiche des performances calorifiques de premier ordre, supérieures à celle du bois. Ses débouchés sont prometteurs, tant pour la fabrication de litières pour chevaux et animaux de compagnie que pour la fourniture de plaquettes de chauffage. Des synergies ont déjà été repérées avec Equimeth (voir notre encadré).

La montée en puissance de la production se fera progressivement ces prochaines années. Elle contribuera grandement à la réussite d'un éco-pôle innovant où la Communauté de Communes table à moyen terme sur 100 à 150 emplois. Tous non délocalisables ! 

Le miscanthus en vedette

Portée par 5 agriculteurs et assurant des débouchés à plus de 40 producteurs locaux de miscanthus, la jeune société Biomasse Environnement Systèmes (BES) a investi quelque 1,5 M€ dans l'achat d'un terrain sur l'éco-pôle et dans la construction sur celui-ci d'une plateforme de stockage, de tri et de transformation (2000 m2). Après des tests sur 3 ha de parcelles expérimentales, 300 ha ont progressivement été mis en culture pour un rendement de plus de 3 000 t cette année. La Communauté de communes de Moret Seine & Loing accompagne l'entreprise dans sa R&D pour mettre au point des produits innovants. Déjà, des produits de paillage sont référencés dans certaines coopératives agricoles et BES alimente en plaquettes une chaufferie collective à Montereau-Fault-Yonne. Des synergies s'opéreront avec l'unité Equimeth voisine pour la valorisation de leur compost.

 

Interview : Clément Lucchesi, Chef de projet développement chez Naskeo Environnement

Comment est né le projet Equimeth ?

C.L. : Il existe dans le secteur de Fontainebleau une forte activité équestre qui génère une importante production de fumier, pourtant inexploitée localement jusqu'à présent. Cette matière première constituera la moitié des apports de notre unité de méthanisation d'écuelles (15 000 t), le reste provenant principalement de biodéchets : invendus de la grande distribution, restes de la restauration collective, etc.

Quelles sont vos prévisions de production ?

C.L. : Nous tablons sur 300 m3 de bio-méthane injectés chaque heure dans le réseau de GRDF. Ce qui représente les besoins en chauffage et en eau chaude de 6 000 foyers : les besoins d'écuelles et de 5 communes environnantes.

Quand prévoyez-vous la mise en service ?

C.L. : Le budget est bouclé, soit un investissement de 9 M€ avec le soutien de la Région Île-de-France (0,91 M€) et de l'ADEME (0,68 M€). Les travaux vont démarrer avant la fin de l'année et dureront un an. La production débutera donc début 2016. Elle génèrera six emplois directs et indirects.

“L'unité de méthanisation d'écuelles Valorisera localement des biodéchets qui, jusqu'à présent, étaient traités hors du territoire sud seine-et-marnais.” 

 

SOURCE

Trajectoires n° 37 –SEPTEMBRE-OCTOBRE 2014

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Format : 10/2017
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