Publié le 08/09/2015

La Seine-et-Marne roule pour le gaz vert

Le site de Létand Biogaz, exploitation de 620 ha en grandes cultures céréalières et légumières à Sourdun, injecte 11 GWh de biométhane chaque année, soit les besoins en chauffage de près de 920 foyers couverts par le biométhane injecté.
Le site de Létand Biogaz, exploitation de 620 ha en grandes cultures céréalières et légumières à Sourdun, injecte 11 GWh de biométhane chaque année, soit les besoins en chauffage de près de 920 foyers couverts par le biométhane injecté.

En Seine-et-Marne, on a des idées et des convictions ! Sur les pas des frères Quaak, les pionniers du biogaz par injection, le département est le leader français pour la production de cette énergie renouvelable qui valorise les effluents agricoles et fournit un gaz vert aux innombrables atouts dans un circuit économique court et local. Le Conseil départemental élu au printemps a clairement annoncé sa volonté de poursuivre la course en tête en favorisant la création de nouvelles installations pour offrir de nouveaux débouchés à son agriculture, alimenter les foyers seine-et-marnais et promouvoir le Gaz Naturel pour Véhicules (GNV) sur un territoire propice à son essor en raison de l’importance de son activité logistique.

Le biogaz : une nouvelle énergie pour la Seine-et-Marne !

Bioénergie de la Brie à Chaumes-en-Brie est la première propriété agricole de France à avoir produit du biométhane.

Valorisation des déchets, alternative aux énergies fossiles, développement d'un carburant vert, diminution des émissions de CO2 et des engrais chimiques dans l'agriculture, création d'emplois non délocalisables... le biogaz a tout pour séduire. La Seine-et-Marne a été conquise la première et elle continue de faire la course en tête.

Le 28 août 2013, quand les frères Mauritz et Jacques-Pierre Quaak ont injecté leurs premiers m3 de biométhane dans le réseau seine-et-marnais de GrDF (voir l'article page 9) au terme de sept longues années de procédures, ils ont ouvert une voie dont on ne mesurait peut être pas encore assez l'impact. Aujourd'hui, en plein débat sur l'indispensable transition énergétique à accomplir, la Seine-et-Marne a pleinement conscience des atouts qu'elle a en main pour contribuer au développement d'une filière riche de promesse et d'avenir.
 

La Seine-et-Marne en pôle position

Déjà leader national avec trois des neuf installations de méthanisation par injection fonctionnant à ce jour en France, elle compte bien accroitre son avance : trois autres ouvriront en 2016 dans les secteurs de Meaux, Brie-Comte-Robert et Ecuelles et plusieurs projets sont à l'étude. Le Conseil départemental, son nouveau Président Jean-Jacques Barbaux l'a rapidement indiqué après son élection en avril dernier, appuie fortement cette dynamique. « Les atouts du biogaz sont évidents, détaille Harold Chénard, en charge de la filière éco-activités à Seine-et-Marne Développement. Non content d'ouvrir de nouvelles perspectives de valorisation aux déchets, en particulier agricoles tout en contribuant à l'indépendance énergétique du pays, il offre aussi une alternative au diesel au travers du Gaz Naturel pour Véhicules (GNV) avec les effets bénéfiques que l'on imagine sur un territoire riche en activités logistiques. Si l'on ajoute à cela que le digestat liquide, obtenu après fermentation des matières organiques et production du biogaz, se substitue naturellement aux engrais chimiques utilisés dans les exploitations agricoles, on obtient un cercle vertueux qui se développe dans une économie circulaire locale, et donc non délocalisable ».

La Chambre d'agriculture de Seine-et-Marne, elle aussi, appuie fermement cette innovation. Pour son Président Thierry Bontour, « elle permet d'envisager une évolution positive des systèmes de productions (cultures et élevages) et leur complémentarité. Aussi proposons-nous aux porteurs de projets un accompagnement technique, financier et administratif selon des modalités qui seront détaillées le 23 septembre prochain lors d'une journée d'information dans nos locaux ». 
 

Biogaz mode d'emploi

La production de biogaz résulte naturellement de la dégradation de matières organiques extraites de différents intrants (effluents d'élevage, fumiers équins, déchets agricoles et agroalimentaires, boues des stations d'épuration...). Deux filières de valorisations existent pour cette énergie renouvelable. La cogénération – la plus ancienne et la plus importante – permet de produire de la chaleur et de l'électricité. Ses performances énergétiques sont moindres et elle nécessite des bassins de vie à proximité pour valoriser la chaleur produite. La seconde filière, dite « par injection », est autorisée en France depuis 2011. Elle nécessite d'épurer le biogaz pour obtenir du biométhane, un gaz combustible identique au gaz naturel, pouvant être injecté dans le réseau de GrDF. L'investissement est plus conséquent, mais la rentabilité supérieure.

Avec trois des neuf unités de méthanisation par injection existant à ce jour dans l'Hexagone, la Seine-et-Marne se situe au 1er rang français. Elle devrait encore consolider ses positions dans les années à venir avec une dizaine d'installations supplémentaires prévues ces prochaines années.

En 2012, le biogaz représentait 2 % des énergies renouvelables produites en France métropolitaine, très loin derrière le bois (44,8 %) et l'hydraulique (22,4 %), mais devant le solaire photovoltaïque (1,6 %) et le solaire thermique (0,4 %).

Sources : Commissariat général au développement durable.

 

INTERVIEW : Sabrina Ancel, Directrice technique de la société Helioprod –
Également interviewé Oscar Marchal, développeur projet
© S.Ancel

Pourquoi le groupe Fulton, spécialisé dans l'immobilier d'entreprise, se positionne aujourd'hui sur les énergies renouvelables ?

Son intérêt pour le développement durable n'est pas nouveau puisque nous avons créé Helioprod en 2011 avec l'ambition de devenir un acteur national dans le secteur des énergies renouvelables. Notre 1er investissement a consisté à construire 18 bâtiments de stabulation équipés de panneaux photovoltaïques en Aveyron et dans le Cantal. Concernant le biogaz, nous avons choisi de démarrer dans le Loiret, puis maintenant en Seine-et-Marne avec deux installations à Lieusaint et Moussy-le-Neuf.

En quoi consistent-elles ?

Dans les deux cas, nous produirons du biométhane, principalement à partir de fumiers équins que nous récupèrerons dans les clubs hippiques et les centres d'entraînement voisins. L'unité de Lieusaint ouvrira la première, fin 2016, rapidement suivie par celle de Moussy-le-Neuf. Au total, elles produiront conjointement par cogénération 16 000 MWh par an, couvrant les besoins en électricité de 6 000 foyers. Autres avantages : une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 3 000 tonnes de CO2 et le traitement d'environ 30 000 tonnes de substrats par usine et par an.

Chacune de ces unités représente un investissement de 7 M€. Avec quel impact en termes d'emplois ?

Nous tablons sur 5 à 10 créations d'emplois auxquels s'ajouteront des missions de sous-traitance. Ce n'est certes pas énorme, mais il s'agit d'emplois durables et non délocalisables qui s'inscrivent dans un vrai projet de territoire.

Chaumes-en-Brie a ouvert la vanne

Les panneaux solaires permettent à l'exploitation des frères Quaak de produire trois fois plus d'électricité qu'elle n'en consomme.

Véritables pionniers dans l'injection du biogaz dans le réseau de GrDF, les frères Mauritz et Jacques-Pierre Quaak ont créé à la Ferme d'Arcy (Chaumes-en-Brie) un modèle promis à un bel avenir.

Depuis le 22 juin dernier, une sixième commune – Fontenay-Trésigny – est alimentée en gaz par Bioénergie de la Brie. “Nous avons investi plus de 200 000 € dans la réalisation de 4 km de canalisations pour raccorder cette commune au biogaz que nous produisons à la Ferme d'Arcy, explique Mauritz Quaak qui gère cette exploitation de 350 ha avec son frère Jacques-Pierre. “Cet investissement était nécessaire car nous saturions le réseau local plusieurs mois par an et devions stopper nos injections. Désormais, nous fournissons en « gaz vert »

17 000 habitants du secteur.” Les problèmes de surcapacité de Bioénergie de la Brie (plus d'un million de m3 de méthane par an) ne sont pas encore totalement résolus et les frères Quaak étudient maintenant la possibilité d'alimenter une station de Gaz Naturel pour Véhicules (GNV- voir page 10) sur la zone logistique voisine du Val Bréon.
 

Sept ans de persévérance

C'est ce volontarisme sans faille qui a permis aux frères Quaak d'être les premiers en France à injecter du biométhane dans le réseau GrDF. “C'était en août 2013, au terme de sept ans de démarches, se souvient Mauritz Quaak. Alors qu'il a suffi d'un an pour pouvoir installer des panneaux photovoltaïques sur nos bâtiments (1 407 panneaux sur 1 800 m2 pour une production annuelle de 300MWh), aucune réglementation n'était prévue pour l'injection de gaz. Il a fallu tout inventer avec les ministères de tutelle, GrDF et les distributeurs d'énergie – avant de nous lancer”. Au total, Bioénergie de la Brie a déjà investi 5 M€ (avec 30  % d'aides) pour valoriser ses effluents d'élevage. “Nous les complétons par des cultures intermédiaires à vocation énergétique et des apports extérieurs, notamment le lactosérum d'une fromagerie voisine, pour obtenir en retour non seulement du biométhane, mais aussi des engrais qui se substituent désormais aux intrants chimiques classiques.” Huit bonnes années seront encore nécessaires aux frères Quaak pour rentabiliser leur investissement. Un délai finalement assez court et l'assurance de pérenniser une exploitation agricole qui a voulu anticiper la réforme de la politique agricole commune (PAC).
 

Déjà 1,5 million de m3 produits à Sourdun

En juillet dernier, François-Xavier et Thibault Letang, dirigeants de la société SCEA LETANG, ont fêté le 1er anniversaire de la production de biogaz sur le site de Sourdun. En moyenne, 100 000 m3 y sont injectés chaque mois dans le réseau GrDF et vendus à Engie (GDF Suez) au tarif garanti par l'État. À ce rythme, neuf ans suffiront à rembourser un investissement conséquent (3,5 M€) principalement engagé pour répondre à une problématique agronomique. « Sans activité d'élevage, il nous était difficile de nourrir les sols de l'exploitation et ses 620 ha de grandes cultures céréalières et légumières, résume François-Xavier Letang. Nous avons choisi de lancer une récolte intermédiaire de maïs à vocation énergétique (CIVE) qui a le double avantage de produire du biogaz pour 1 500 foyers... et de nous procurer de l'engrais naturel pour nos sols ». La création de trois emplois figure également au bilan, très positif, de cette nouvelle activité dont les Letang mesurent néanmoins les exigences : une disponibilité de tous les instants, principalement.

 

GrDF roule pour le biométhane !

© GrDF
O'Terres Energies à Bussy-sur-Marne est l'un des sites seine-et-marnais injectant du biométhane dans les réseaux exploités par GrDF.

Pour maintenir sa pôle position en matière de production de biométhane, La Seine-et-Marne peut compter sur le volontarisme de GrDF. Le distributeur national accompagne les porteurs de projets à toutes les étapes de leurs études de faisabilité.

L'intérêt de GrDF pour la méthanisation n'est pas nouveau, comme en atteste une réunion organisée il y a plus de deux ans déjà, conjointement avec Seine-et-Marne Développement, sur les atouts de cette énergie renouvelable, propre et non délocalisable. Jérôme Gilliet, le référent GrDF qui suit tous les dossiers biogaz en Île-de-France, avait alors présenté les atouts de cette nouvelle filière et expliqué comment le distributeur pouvait accompagner les porteurs de projets. “Il est de notre responsabilité de promouvoir les énergies renouvelables et de faire de notre réseau un vecteur actif de la transition énergétique. Les objectifs sont clairs. Comme tous les transporteurs de gaz européens, nous nous sommes engagés à ce que 75  % du gaz que nous acheminerons en 2050 soit issus de la méthanisation. La France table sur 1 000 installations en 2030 et il n'en existe que neuf à ce jour, dont trois en Seine-et-Marne. Il n'y a donc pas de temps à perdre !”
 

Une quinzaine d'unités de production en projet

L'an prochain, le nombre des unités fonctionnant dans le département va doubler avec des ouvertures à Meaux, Brie-Comte-Robert et à Ecuelles. “Une quinzaine d'autres projets sont en cours se réjouit Jérôme Gilliet. Nous accompagnons les porteurs de projets à chaque étape en étudiant avec eux une localisation optimale, à proximité du réseau, et en vérifiant la faisabilité technique et économique d'un investissement qui varie selon les cas de 5 à 10 M€ avec un retour sur 10 à 15 ans.”

Dans le même temps, GrDF mène une étude (voir notre encadré) sur le développement d'un réseau de sites de distribution de Gaz Naturel pour Véhicules (GNV) afin d'offrir une vraie alternative au diesel. “Sur ce point aussi, les mentalités évoluent, analyse Jérôme Gilliet. Témoin l'appel d'offres lancé par Carrefour pour disposer d'un point de distribution sur son centre logistique de Sénart. De la même façon, l'extension du TZEN ouvre des perspectives. Ce mode de transport en site propre desservira bientôt des territoires seine-et-marnais producteurs de biométhane. Il y a là une belle opportunité à saisir”. 
 

Le développement du GNV à l'étude

La prochaine interdiction du diesel à Paris, annoncée en début d'année, n'a fait que renforcer la volonté de GrDF de promouvoir la distribution du Gaz Naturel pour Véhicules (GNV). Moins polluant, moins bruyant, moins cher, produit localement et générant de l'engrais naturel pour les terres agricoles quand il est issu du biogaz, ce carburant présente en effet bien des avantages... et favorise alors une économie circulaire locale en circuits courts. La Seine-et-Marne figure en bonne place dans la réflexion de l'opérateur : non seulement pour sa position de leader dans la production de biométhane, mais aussi pour l'importance des activités logistiques sur son territoire. “Nous visons en effet d'abord les flottes captives qui partent et rentrent chaque soir sur un même site où il est facile de les ravitailler”, analyse Pascal Hainaut, le Directeur territorial de GrDF en Seine-et-Marne. Aujourd'hui, un seul site fonctionne à Meaux pour faire rouler les transports en commun de la Communauté d'agglomération du Pays de Meaux. En 2017, un autre ouvrira à Châtres (Communauté de communes du Val Bréon) sur une grande zone d'activités économique et logistique. “Pour s'imposer, le GNV doit s'appuyer sur un réseau de distribution assez dense sur le territoire. C'est l'objet de l'étude que nous menons actuellement en Île-de-France”, conclut Pascal Hainaut.

 

INTERVIEW : Olivier Gobaut, Responsable du service Energies au Syndicat départemental des énergies de Seine-et-Marne (SDESM)
© O.Gobaut

Qu'est-ce qui amène votre syndicat, initialement à vocation électrique, à s'intéresser au biogaz ?

O.G. : Comme l'évolution de son nom l'indique, le Syndicat départemental des énergies de Seine-et-Marne a élargi sa vocation et vise notamment désormais à développer la production et l'usage d'énergies renouvelables. Nous nous sommes donc naturellement positionnés sur le biogaz, avec la volonté d'aider à structurer une filière solide. Notre projet initial portait sur la production de chaleur et d'électricité. Mais il a évolué vers la méthanisation et la production de gaz injecté dans le réseau lorsque la loi l'a permis.

Quels sont vos projets ?

O.G. : Nous allons construire à Dammarie-lès-Lys une unité à double filière, l'une à partir des boues de la station d'épuration voisine et d'intrants d'origine industrielle, et l'autre à partir d'intrants agricoles. Avec une puissance équivalente de à 1,5 MW, elle couvrira les besoins en gaz d'environ 1 000 foyers.

Quels sont le calendrier et le coût de ce projet ?

O.G. : Nous amorçons à l'automne les études réglementaires et prévoyons d'engager les travaux en 2017 pour une mise en marche en 2018. Cela représente un investissement d'une douzaine de millions d'euros pour lequel nous allons solliciter les concours de l'ADEME, de la Région et du Département.

« Avec son projet de production à Dammarie-lès-Lys, le SDESM entend contribuer au renforcement de la filère biogaz en Seine-et-Marne. »

 

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Format : 11/2017
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