Publié le 08/11/2013

La logistique : un réservoir de croissance pour la Seine-et-Marne

63 000 salariés dans quelque 10 000 établissements font de la logistique un secteur clé de l’économie seine-et-marnaise. Pour la France, et plus particulièrement pour le Grand Paris, ce territoire s’impose comme le point de départ et le passage obligé, sur terre, dans les airs mais aussi par voies d’eau, de plusieurs dizaines de millions de tonnes de marchandises souvent préparées, emballées et expédiées sur place

63 000 salariés dans quelque 10 000 établissements font de la logistique un secteur clé de l'économie seine-et-marnaise. Pour la France, et plus particulièrement pour le Grand Paris, ce territoire s'impose comme le point de départ et le passage obligé, sur terre, dans les airs mais aussi par voies d'eau, de plusieurs dizaines de millions de tonnes de marchandises souvent préparées, emballées et expédiées sur place.
Ici plus qu'ailleurs, les entreprises et les infrastructures investissent et innovent pour relever le défi d'un e-commerce destiné à prospérer durablement. Des prestataires de services et des solutions technologiques se mettent en place à leur tour pour les accompagner dans leur croissance. Un système vertueux émerge.

Préparation de commande détail avec le lecteur laser DataMatrix et codes-barres chez CSP à Moussy-le-Neuf.
© CSP service communication

 

 

 

 

 

 

LES 5 GRANDS POLES LOGISTIQUES SEINE-ET-MARNAIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'atout numéro 1 : une solution globale, car multimodale

Idéalement placée à proximité immédiate de la métropole parisienne, la Seine-et-Marne assoit son leadership logistique sur une offre multimodale combinant route, air, fer et fleuve. Les investissements se succèdent pour renforcer cet avantage.

Le 14 novembre prochain, Seine-et-Marne Développement organise une rencontre professionnelle sur le thème de l'innovation (voir page 9). Un mot clé, incontestablement, pour un secteur toujours essentiel (voir les chiffres clés ci-contre) qui a considérablement évolué ces vingt dernières années avec l'apparition d'internet et du e-commerce. “La logistique a longtemps souffert d'une réputation injuste, qui la réduisait à d'immenses entrepôts sources de très peu d'emplois, résume Michel Savy, professeur à l'Université Paris-Est Créteil. Aujourd'hui, la Seine-et-Marne peut au contraire se targuer d'accueillir sur son territoire de très belles entreprises fonctionnant avec des effectifs très conséquents, investissant sans relâche dans des systèmes d'informations et équipements de pointe”.
Le 1er département francilien et chef de file national d'une activité économique en perpétuelle croissance devrait encore accroître son leadership ces prochaines années grâce à des programmes immobiliers et à des investissements de premier ordre. “Le premier de ses points forts, c'est bien entendu son positionnement géographique en bordure de la métropole parisienne, analyse Michel Savy. Suffisamment près pour des livraisons express, tout en disposant des espaces nécessaires pour stocker et traiter les marchandises”.
Des pôles d'activités se sont logiquement constitués en bordure des liaisons autoroutières, comme à Sénart (voir page 10). “Mais notre chance est de disposer aussi d'infrastructures fluviales et aériennes de très haut niveau, résume David Rozenberg, chargé de la filière Logistique à Seine-et-Marne Développement. Cette “multimodalité” offre aux entreprises un ensemble de solutions pour concilier au mieux délais et tarifs. Les investissements effectués récemment ou à venir vont donc dans le bon sens.”

Paris-Charles de Gaulle – n° 1 en Europe
L'aéroport Paris-Charles de Gaulle, par exemple, ne ménage pas ses efforts pour demeurer la 1ère plateforme européenne pour le transport de fret, devant Francfort. Sur 300 ha et plus de 500 000 m2 de bâtiments desservis par 80 postes-avions, l'aéroport traite chaque année quelque 2,15 millions de tonnes de fret et de courrier, soit 86 % du fret aérien français, avec à la clé 55 000 emplois directs, indirects et induits. “Trois postes ont été adaptés en 2011 pour les nouveaux avions tout cargo Boeing 747-800, une 4e gare de fret fonctionne depuis 2012 et le logiciel Cargo Information Network a été adopté pour dématérialiser et automatiser certaines procédures” précise Anne Frisch, Directrice adjointe de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle.
Ports de Paris, de son côté, devrait entériner avant la fin de l'année 3,5 M€ d'investissements à Montereau. “Nous prévoyons l'aménagement de 8 000 m2 de chaussée lourde sur un site présentant l'avantage – très rare – d'être embranché fer, détaille Éric Fuchs, le Directeur de l'agence Seine-Amont. Nous pourrons ainsi développer le trafic de conteneurs fluviaux, l'objectif global de Ports de Paris étant de le quadrupler d'ici 2020 en s'appuyant sur l'axe le Havre – Rouen – Paris (HAROPA).”

 

Les chiffres clés de la logistique en Seine-et-Marne

Seine-et-Marne Développement vient de publier la fiche 2013 du transport et de la logistique dans le département(1). Le poids de ce secteur est à la hausse.
- 63 830 emplois salariés,  soit 19 % de l'emploi salariés seine-et-marnais. Les effectifs salariés ont progressé de 18 % en un an (+ 9 634 emplois) après quatre années de relative stabilité (+ 1 %). Sur 5 ans, la progression est donc de + 19 % en Seine-et-Marne contre – 1 % pour l'ensemble de l'Île-de-France.
- 9 275 établissements,  soit 9 % des établissements seine-et-marnais. Entre juillet 2012 et juillet 2013, 1 262 établissements se sont implantés tandis que 628 disparaissaient et que 86 quittaient le département, soit une augmentation de 6 %. 13 établissements emploient plus de 250 salariés.
- La Seine-et-Marne compte 5 millions de m2 d'entrepôts (estimation DRIEA Île-de-France), soit 25 % du parc francilien et 7 % du parc national. Elle se classe au premier rang pour l'Île- de-France, loin devant l'Essonne et le Val d'Oise.
L'édition 2013 de la plaquette "360° sur l'immobilier d'entreprise en Seine-et-Marne" publiée par Seine-et-Marne Développement indique par ailleurs que 930 467 m2 d'entrepôts sont actuellement disponibles dans le département (dont 10 % dans le neuf). 13 programmes sont annoncés pour un total de 1,26 million de m2 (étude Gémofis 2013).

(1) Cette étude regroupe des informations sur les établissements dont l'activité s'inscrit en “transport et entreposage ainsi que le commerce de gros” de la NAF. Elle ne couvre donc pas l'ensemble du tissu économique lié au transport et à la logistique en Seine-et-Marne (Sources Acoss et Urssaf).

 

INTERVIEW : Stéphane Legatelois, Directeur général délégué aux développements et aux opérations du groupe Alpha Direct Services (groupe Rakuten).
Alpha Direct Services a ouvert son site de Moissy-Cramayel en mai dernier. Ce dernier tient-il toutes ses promesses ?
S. L. :
Le contraire serait étonnant, puisque le choix de notre groupe d'installer ici sa première plateforme francilienne reposait sur des critères de proximité peu susceptibles d'évoluer. Proximité immédiate des autoroutes A5 et A6, proximité de Paris pour pouvoir y effectuer des livraisons le jour même et sur rendez-vous, et proximité de grandes plateformes de transports telles Coliposte et Colis Privés.

Six mois plus tard, vous respectez les prévisions de votre montée en puissance ?
S. L. :
Nous avions tablé sur la création rapide d'une quarantaine d'emplois et nous en sommes déjà à une cinquantaine. Nous serons 70 à 80 avant la fin de l'année. Et 4 des 5 cellules de notre bâtiment de 30 000 m2 sont déjà utilisées. Dès l'année prochaine, nous allons investir pour améliorer leurs capacités. D'ici fin 2015, nous devrons pouvoir traiter plusieurs millions de colis par an, tant auprès des particuliers que des réseaux de distribution.

Aujourd'hui, quelles sont vos priorités ?
S. L. :
Recruter ! Nous serons au moins 200 dans deux ans. Nous recherchons principalement du personnel qualifié d'encadrement. Nous nous sommes rapprochés des structures de formation locales à cet effet, car ces recrutements sont moins aisés que prévu. Mais je pense que cela aurait été plus difficile encore ailleurs en Île-de-France.

“L'essor rapide de notre plateforme logistique seine-et-marnaise va nécessiter de très nombreux recrutements dans des métiers très divers”.

L'innovation est une obligation

Équipement d'un écran au poignet et d'un lecteur au doigt pour les salariés CSP.
© CSP service communication

 

 

 

 

 

Pour distribuer toujours plus vite, toujours plus sûrement et toujours moins cher, l'innovation est une obligation. Exemples de besoins et de solutions en Seine-et-Marne.

Prochainement, CSP (Centre Spécialités Pharmaceutiques – Moussy-le-Neuf) va acquérir un nouveau chariot élévateur à la fois tri-directionnel et multitâches. Ce surdoué coûte la coquette somme de... 100 000 €.
“S'il donne satisfaction, nous en achèterons 4 ou 5 autres dans les deux prochaines années, de manière à renouveler au moins 30 % de notre parc, annonce Laure Brenas-Baudry, la Présidente du Directoire de la société.
Chaque année, CSP est ainsi obligé d'investir de manière très conséquente pour tenir la cadence – environ 30 000 colis expédiés quotidiennement aux grossistes régionaux, aux hôpitaux et aux pharmacies – en satisfaisant à la fois aux exigences des laboratoires qui lui confient leur logistique et aux normes de plus en plus strictes édictées par l'Europe. “Ainsi, nous devons actuellement progresser pour garantir pendant le transport une température de 15 à 25°C qui ne s'appliquait précédemment qu'au stockage de certains médicaments dans nos entrepôts. Cela nécessite la mise en œuvre de solutions, notamment informatiques et électroniques, pour s'assurer du respect de cette norme, prévoir des alertes, etc. De la même façon, nous avons équipé récemment plusieurs centaines de nos salariés d'un écran au poignet et d'un lecteur au doigt pour lire le code Datamatrix en trois dimensions qui équipe désormais toutes les boites de médicaments”.

Des solutions de haute technologie
CSP a beau disposer en interne d'une équipe de 20 informaticiens, certaines innovations exigent l'intervention de compétences externes. Des solutions existent en Seine-et-Marne où des prestataires de services et de matériels ont choisi de s'implanter au plus près de leur client. C'est par exemple le cas de SAS Institute. Le géant américain (13 700 salariés dans le monde, 2,87 milliards de dollars de CA en 2012) a installé dès 1990 son siège social France et 310 collaborateurs à Grégy-sur-Yerres, au sud de Brie-Comte-Robert. “Notre cœur de métier consiste à concevoir des solutions informatiques et des progiciels permettant à nos clients d'extraire des données de toutes les sources possibles et de les utiliser pour optimiser leurs processus de fabrication, de gestion des stocks ou d'expédition et de réassort, résume Frédéric Arenas, Consultant en logistique rattaché à SAS Corp. Il y a peu, nos équipes françaises ont participé à des programmes et des tests réalisés par l'ensemble de notre société pour le compte de Nestlé”.
Electroclass (Bussy-Saint-Georges), se propose pour sa part “d'équiper un entrepôt sur mesure pour gérer son activité complète”, explique son Directeur général Dominique Zorzetto. Parmi ses produits phares figure notamment la tour de stockage verticale Lift Jumper à la modularité et à la capacité de stockage (jusqu'à 60 tonnes) hors normes.

Un colloque le 14 novembre à Sénart

L'innovation sera au cœur du séminaire que le Club de la logistique de Seine-et-Marne (voir page 10) organisera le jeudi 14 novembre prochain à l'IUT de Sénart-Fontainebleau à Lieusaint. Entre 14h et 17h, trois tables rondes se succéderont, consacrées au développement de la logistique aérienne, de la messagerie express et du e-commerce, à l'innovation technique et organisationnelle de la logistique et aux effets d'entraînement économique sur le territoire.

d.lapa@smd77.com

 

La logistique... et beaucoup plus, si affinités !

Quand elle mise sur l'innovation et des services complémentaires aux entreprises, la logistique constitue une véritable locomotive pour un territoire. L'exemple de Sénart.

AFT IFTIM accueille plusieurs centaines de personnes, chaque année, dans ses deux centres de formation Transport-Logistique.

 

 

 

 

 

La signature, imminente, du contrat de développement territorial (CDT) de Sénart conforte la ville nouvelle dans son statut de pôle d'excellence “Innovation logistique” du Grand Paris. Pour l'EPA Sénart et les élus, ce statut est l'aboutissement d'une stratégie amorcée dans les années 90, quand s'opéra la desserte de leur territoire par l'A5 et la Francilienne. “Ces connexions performantes couplées à des disponibilités foncières abondantes ont permis de faire le choix de la logistique à une période où l'externalisation de cette fonction par les entreprises laissait espérer un réel développement économique”, analyse Frédéric Cavan, Directeur du Développement Économique et des Activités à l'EPA Sénart.
20 ans plus tard, le pari est indiscutablement gagné, avec 1,8 million de m2 d'entrepôts construits et 7 000 emplois créés, principalement sur Parisud (Combs-la-Ville), Savigny-le-Temple, Vert-Saint-Denis, Tigery ou Moissy-Cramayel. Toujours à proximité immédiate des grands axes, pour éviter les zones d'habitation. Avec la réalisation en cours du Parc de l'A5, ce sont 500 000 m2 et 2 000 emplois supplémentaires qui sont attendus ces prochaines années.

Activités complémentaires et formations
“Le bilan est d'autant plus positif, poursuit Frédéric Cavan, que la logistique s'est avérée, comme nous l'escomptions, un excellent levier pour générer des fonctions supports très appréciables : informatique, comptabilité, services après-vente...” Ainsi, BMW a couplé son implantation de plateforme de pièces détachées de Tigery avec un centre de formation pour ses techniciens et commerciaux. Wiesmann (chauffe-eaux, pompes à chaleur, panneaux solaires) fait actuellement le même choix à Parisud. Spécialiste renommé des véhicules autoguidés de transport automatique de palettes, Balyo a pour sa part implanté à Moissy-Cramayel, tout près de ses clients potentiels, un showroom et son équipe de R&D.
Depuis fin 2012, un cluster de l'innovation logistique fonctionne, pour associer plus étroitement encore entreprises, centres de formations, laboratoires de recherche et collectivités. Son potentiel va encore croître d'ici trois à quatre ans, quand l'ICAM (Carré Sénart) diplômera ses premiers ingénieurs spécialisés en “logistique et supply chain”. Pour les entreprises, cette formation à Bac + 5 complètera la licence professionnelle “responsable d'exploitation logistique” déjà proposée par l'Université de Paris Est à Lieusaint (25 étudiants cette année).

Un club en ligne
Seine-et-Marne Développement, l'agence économique du Conseil général, a donné un nouvel élan au Club de la Logistique qui, depuis 2005, rassemble dans le département de nombreux acteurs de la filière – logisticiens, acteurs de l'immobilier, consultants, institutionnels et associations – et fait vivre ce réseau actif. Ce club constitue une passerelle d'échanges privilégiée pour le partage d'expériences entre professionnels de la filière et élus des diverses collectivités locales intéressées.
Un espace du site Internet de Seine-et-Marne Développement est spécialement dédié à ce Club de la Logistique. Administré par David Rozenberg, il permet d'être régulièrement informé de ses activités : réunions thématiques (l'emploi, les risques, le multimodal, la logistique urbaine...), visites de sites, etc. Il partage aussi informations, études à télécharger et articles de presse.
En savoir +

 

INTERVIEW : Véronique Nedellec, Directrice régionale du secteur Île-de-France Est à l'AFT IFTIM
L'AFT IFTIM compte deux centres de formation Transport-Logistique en Seine-et-Marne. Est-ce à dire que les recrutements y sont importants ?
V. N. :
Effectivement, nous accueillons plusieurs centaines de personnes chaque année, tant à Noisiel qu'à Savigny-le-Temple, que ce soit en formation initiale ou en formation continue. Notre objectif, pourtant, est avant tout qualitatif. J'en veux pour preuve le taux d'insertion très élevé de nos stagiaires en entreprise. Notre savoir-faire est reconnu par les professionnels et les acteurs publics. Ainsi, nous avons gagné cette année un appel d'offres de Pôle Emploi pour former pendant six mois des agents magasiniers. Nous accueillons aussi de nombreux jeunes en contrat d'apprentissage dans les entreprises du secteur qui sont en attente de diplômés.

Les métiers de la logistique ont évolué ces dernières années, notamment avec le développement du e-commerce. Cela a-t-il un impact pour les entreprises ?
V. N. :
Inévitablement. À l'écoute de leurs besoins, l'AFT IFTIM a développé toute une gamme de formations, de la conduite d'engins et de camions de toutes tailles à la préparation et à la gestion informatisée de commandes. Nous proposons des filières de formation du CAP au Bac + 2 pour mettre, à la disposition des entreprises, des professionnels de la gestion des flux aux connaissances et aux compétences plus pointues qu'autrefois.

“Les métiers de la logistique se sont complexifiés. Ils nécessitent des formations et des qualifications que nous développons en Seine-et-Marne”.

SOURCE

Trajectoires n° 33 – NOVEMBRE-DECEMBRE 2013

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