Publié le 05/09/2017

La création de l'Agence d'attractivité est un bel enjeu pour le Département

© Le Moniteur de Seine-et-Marne
© Le Moniteur de Seine-et-Marne

L'attachement au canton de Melun, dont il est originaire, a toujours guidé l'engagement et l'action politique de Denis Jullemier. C'est avec ce même état d'esprit qu'il a pris la tête de Seine-et-Marne Développement, en mai dernier, alors que l'institution fusionne avec Seine-et-Marne Tourisme pour devenir l'Agence Seine-et-Marne Attractivité.

Le président fait le point sur ces évolutions et évoque les pistes de développement à venir pour l'institution naissante

Avec quel état d'esprit avez-vous pris la tête de Seine-et-Marne Développement ?

Ce n'est pas nouveau pour moi, puisque j'étais déjà vice-président de Seine-et-Marne Développement (SMD) au côté d'Arnaud de Belenet. J'ai accepté la présidence avec enthousiasme, même si le dossier n'est pas facile, dans la mesure où nous devons faire évoluer SMD dans le contexte de la loi NOTRe. Seine-et-Marne Développement doit fusionner avec Seine-et-Marne Tourisme (SMT), pour former l'Agence Seine-et-Marne Attractivité, regroupant sous la forme d'un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), le développement économique et le tourisme.

Un Groupement d'intérêt public (GIP) sera constitué en parallèle autour du département et de ses cinq organismes associés : Act'Art, Aménagement 77, le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE), Initiatives 77 et Seine-et-Marne environnement. Il s'agit donc d'un bel enjeu pour le département.

Où en est-on aujourd'hui ?

Nous souhaiterions mettre en place l'Agence d'attractivité en fin d'année, courant octobre-novembre. Une fois cette agence constituée, nous dissoudrons Seine-et-Marne Développement. Nous travaillons actuellement sur la mise en place de ses missions et de son organigramme, en lien avec la Région Île-de-France, qui doit nous confier l'animation des bassins d'emploi. Ce qui devrait nous permettre d'offrir un poste à l'ensemble du personnel de SMD et SMT, puisqu'il existe évidemment des complémentarités.

En parallèle de cette nouvelle organisation à deux têtes, un conseil stratégique de développement, le Conseil stratégique pour la croissance et le développement de la Seine-et-Marne, sera constitué. Il doit notamment regrouper les collectivités territoriales, Région comprise. Les chambres consulaires et les organisations patronales, qui étaient intégrées au sein de Seine-et-Marne Développement, ne pourront plus adhérer au nouvel organisme. Ces derniers prendront donc également part à ce conseil stratégique de développement.

Cette nouvelle organisation est-elle spécifique ?

Nous sommes finalement innovants au regard de l'Île-de-France. D'autres départements, comme le Val-de-Marne, ont décidé de fermer définitivement leur agence de développement économique, laissant sur le carreau l'ensemble du personnel. À l'inverse, nos agents pourront bénéficier de notre volonté de réutiliser ces ressources humaines, ces compétences, au service du Département et de l'Agence d'attractivité. En outre, la fusion entre le tourisme et l'économie lui donnera une nouvelle dimension, contribuant à donner une image forte à la Seine-et-Marne. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à avoir fait ce choix : l'Alsace, de la même manière, a décidé de regrouper son agence touristique « Bienvenue en Alsace » et son agence d'attractivité « Entreprendre en Alsace ».

Les actions du volet attractivité vont-elles être différentes ?

L'action sera forcément différente, du fait notamment de la présence de l'ensemble des EPCI (Établissement public de coopération intercommunale), qui disposent d'une compétence en matière économique. Nous avons, à ce titre, réuni avec Jean-Jacques Barbaux l'ensemble des responsables en charge du développement économique de toutes les intercommunalités de Seine-et-Marne. Tous ces acteurs seront au service de l'attractivité économique (SMD) et touristique (SMT), souvent liées. Disney est à la fois le premier acteur économique et touristique du département, de même que Fontainebleau est un vecteur économique très fort pour le Sud du département. De fait, nous poursuivrons les actions charnières de Seine-et-Marne Développement, à savoir le suivi d'un certain nombre de filières, comme l'aéronautique, la logistique, les éco-activités, l'implantation des entreprises...

Derrière tout cela, nous souhaitons accompagner toutes les questions de formation, notamment s'agissant des filières précitées, puis travailler sur des campus de métier en lien avec la Région. Nous avons pour objectif de reformer ce lien entre secteurs d'activité et lieux de formation, de sorte que nos jeunes ne fuient pas vers Paris. Mais aussi pour que nos entreprises trouvent des raisons de demeurer en Seine-et-Marne, parce que justement il existe des formations sur place.

La question de la formation est prégnante dans le département...

C'est une des grandes problématiques des milieux professionnels, je le vois dans l'agroalimentaire. J'ai été désigné, début juillet, président de l'Association régionale des industries agroalimentaires d'Île-de-France (Aria), nous avons de grandes difficultés à trouver des personnes qualifiées dans un certain nombre de domaines. Nous travaillons avec la Région Île-de-France, il pourrait s'agir d'un campus des métiers de l'agroalimentaire. Valérie Pécresse, la présidente de la Région, l'avait d'ailleurs annoncé lors de sa présentation du projet de réindustrialisation de l'Île-de-France. Nous allons nous battre pour qu'il puisse voir le jour également en Seine-et-Marne, de par notre image de territoire agricole, notre projet de plateforme d'approvisionnement, notre vivier d'entreprises issues de l'agroalimentaire...

À ce titre, la Communauté d'agglomération de Melun Val de Seine se positionne sur un axe « innovation alimentaire », avec notamment l'implantation de l'entreprise Jimini's, qui produit des insectes comestibles, ou de la société Happy Crulture, qui fait des chips de kale. Un bâtiment à Vaux-le-Pénil sera également dédié à l'agroalimentaire, associé au pôle de compétitivité Bourguignon appelé Vitagora.

De même, en tant que président de l'Aria, je travaille sur la constitution d'une Food Valley. Les start-up couvées sur l'Institut AgroPariTech de Saclay pourraient, suite à leur développement, s'implanter en Seine-et-Marne. Rungis pourrait compléter ce circuit sur le pôle fret.

Sur le site aéronautique de Villaroche nous avons 7 000 emplois, avec des pépites comme JPB Système, eux-mêmes ont du mal à trouver des personnes qualifiées. Nous travaillons sur le sujet avec Grégoire Babinet, le  P.D.G. de Safran-Snecma. Nous voyons bien qu'en Seine-et-Marne nos jeunes formés ne restent pas et n'en ont pas la possibilité, l'offre post-bac étant insuffisante.

Quelles autres filières le Département pourra-t-il appuyer ?

On pourrait trouver toutes les activités liées aux éco-activités/éco-construction, peut-être plus en lien avec Marne-la-Vallée et le Cluster Descartes placé sur ce secteur. Nous avons également sur le Sud Seine-et-Marne toute la filière de transformations agricole et les chaudières à biomasse, le miscanthus... Et il y a évidemment les métiers du tourisme, sur lesquels nous avons un rôle à jouer.

Qu'en est-il de votre canton ?

Sur l'aéronautique, nous travaillons avec les lycées Léonard de Vinci et Joliot-Curie pour développer des formations et répondre aux demandes d'implantation sur les 400 hectares de foncier de Villaroche. S'agissant de l'université Panthéon-Assas, nous avons des possibilités d'agrandissement pour répondre à la demande, comme le site de l'ancien IUFM, ou l'ancien hôpital. Il nous faut renverser la tendance, à l'instar de ce qu'ont pu réaliser certains territoires de Province, comme la Vendée. Il est vrai que nous avons des difficultés à avancer sur ce territoire, il faut lui donner un coup de pouce.

On oppose souvent la Seine-et-Marne Nord et la Seine-et-Marne Sud...

Je me bats contre cette habitude qui consiste à toujours opposer les territoires, comme entre Melun Nord et Melun Sud. Ces fractures n'existent pas en réalité. Il existe effectivement une dynamique plus prononcée au Nord qu'au Sud, portée par Disney, par Marne-la-Vallée, qui a su développer son réseau universitaire et accueillir des entreprises. Melun – cela a été mon combat politique depuis trente ans – s'est endormie et a pris du retard. L'université Panthéon Assas est arrivée avec le maire Jean Malpel. Depuis, rien n'a été développé sur le secteur. L'Icam (Institut catholique d'arts et métiers), qui avait poussé la porte de la CAMVS, s'est finalement implantée à Sénart. Du reste, la Seine-et-Marne, connue essentiellement comme un département rural et touristique, a du mal à dynamiser ses implantations d'entreprises et son enseignement supérieur. Il faut rééquilibrer cela, mais c'est aux responsables des collectivités de porter une ambition forte et de s'y atteler. J'espère pouvoir agir dans la continuité de mon mandat à SMD, afin d'accompagner les projets du Sud Seine-et-Marne.

Quel regard portez-vous sur les annonces gouvernementales touchant les collectivités ?

Il faut laisser un peu de temps au Gouvernement avant de juger. Néanmoins, s'agissant de la taxe d'habitation, je doute de la capacité des communes à maîtriser leurs ressources, il en va de leur indépendance. Concernant la question de la diminution du nombre de parlementaires, je ne suis pas contre. Mais il faut faire attention à ne pas verser dans la démagogie. Aussi, réformer la loi absurde du 17 mai 2013, ayant ajouté des conseillers départementaux, serait une bonne chose. Je suis favorable à un conseil territorial, c'est-à-dire un conseiller de canton siégeant à la fois au Département et à la Région. Le travail mené serait le même avec moins de conseillers départementaux. Même chose s'agissant des communes versus les communautés d'agglomération. Les grandes communes pourraient mutualiser leurs services techniques, avec un seul chef de file. Je ne serais pas surpris que l'État, dans le cadre de ses dotations, exige un effort des collectivités à ce niveau.

 

Dates clés
 2017 Président de Seine-et-Marne Développement
 2015 Réélu Conseiller départemental du canton de Melun unifié
 2011 Conseiller Général sur le canton de Melun Sud
 2001-2013 Adjoint au maire de Melun

Source : Le Moniteur de Seine-et-Marne - Le 01 septembre 2017 - Quentin CLAUZON - Actualité – Interview http://www.lemoniteur77.com/-la-creation-de-l-agence-d-attractivite-est-un-bel-enjeu-pour-le-departement-3104.html

 

 

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Format : 09/2017
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