Publié le 06/02/2013

L’économie sociale et solidaire : la nouvelle éco qui monte !

Elle compte presque 30 000 salariés en Seine-et-Marne et crée chaque année de nouveaux emplois. Elle est socialement et écologiquement responsable. Mieux : elle est peu délocalisable. Vous avez deviné ? C’est l’économie sociale et solidaire ! On comprend aisément que la Seine-et-Marne en fasse une priorité de son développement territorial pour les années à venir.

Elle compte presque 30 000 salariés en Seine-et-Marne et crée chaque année de nouveaux emplois. Elle est socialement et écologiquement responsable. Mieux : elle est peu délocalisable. Vous avez deviné ? C'est l'économie sociale et solidaire ! On comprend aisément que la Seine-et-Marne en fasse une priorité de son développement territorial pour les années à venir.

ATF Gaia à Moissy-Cramayel a opté, en 2008, pour le statut d'entreprise adaptée. Sa mission : recycler en donnant une seconde vie au matériel électrique et électronique.

Rurban Coop à Melun est une Coopérative d'Activités et d'Emplois. Sa mission : permettre à des entrepreneurs de créer leur activité dans un environnement sécurisé, coopératif et solidaire.

UNE ÉCONOMIE DURABLE SATISFAISANT DES BESOINS LOCAUX

Un chantier d'insertion pour apprendre le métier d'aide-cuisinier, au Sdis de Melun.

 

 

 

 

Chaque jour et de plus en plus, en participant aux activités d'une association, en cotisant à leur mutuelle, en empruntant à leur banque coopérative ou en soutenant une fondation... les Seine-et-Marnais sont des acteurs de l'économie sociale et solidaire. Une économie durable qui affirme la prééminence de l'homme sur le profit. Mais aussi une vraie économie qui crée des milliers d'emplois chaque année. Elle offre une alternative sécurisante à l'heure où l'économie de marché traditionnelle cherche un nouveau souffle.

C 'est un signe qui ne trompe pas : pour clôturer le désormais traditionnel mois de l'économie sociale et solidaire, la Tribune lui a entièrement consacré son dernier numéro de novembre. Déjà, au printemps, la nomination d'un ministre dédié – une première ! – avait récompensé tous ceux qui, depuis des années, se battent pour promouvoir cette alternative économique à l'individualisme. “La partie n'est pas gagnée, reconnaît Sylvie Nourry, la directrice de l'Union régionale des sociétés coopératives et participatives (URSCOPP) d'Ile-de-France. “Rien n'est moins naturel pour beaucoup d'entrepreneurs que de partager le pouvoir et l'argent. Une coopérative appartient à ses salariés, une association à ses adhérents, une banque ou une assurance mutualiste à ses sociétaires !” Et en plus, on limite l'écart des salaires à 1 à 20, voire 1 à 10 pour les jusqu'au-boutistes ! Longtemps jugée subversive, l'ESS gagne peu à peu ses lettres de noblesse et s'inscrit dans une économie de marché dont elle veut adoucir les effets pervers. “Les mentalités évoluent, on mesure les limites du système libéral et on cherche des solutions complémentaires. à l'évidence, l'ESS a des réponses à apporter” défend Laura Winn, conseillère stratégique à l'Atelier, le bras armé de la Région IDF pour développer l'ESS.

Une gestion démocratique et la satisfaction de besoins locaux
Benoît Hamon, le ministre délégué en charge de cette économie solidaire, rattaché à Bercy – encore un autre encouragement – annonce une loi pour le printemps. Objectif : mieux définir les règles d'un secteur très disparate. Quoi de commun en effet entre la coopérative bientôt cinquantenaire Chèque Déjeuner, n° 3 mondial du ticket restaurant (2 200 salariés), et Remoiville, petite Scop de Bougligny (Sud Seine-et-Marne) spécialisée dans l'installation d'armoires électriques ? Entre la Fédération Française de Football (7 000 salariés), le Crédit Agricole et Germinale, auto-école associative de La Ferté-sous-Jouarre ? Entre la MACIF (4 millions de sociétaires) et Emmaüs Brie qui veut monter une plateforme de réemploi des déchets ? “Toutes partagent une finalité davantage tournée vers la plus-value sociale ou environnementale que vers la recherche du gain financier, résume Laura Winn. D'ailleurs, il y a peu ou pas de redistribution individuelle d'excédents. Elles pratiquent aussi une même gestion démocratique sur le principe “une personne, une voix” et ont l'avantage, précieux par les temps qui courent, de proposer des activités et des emplois difficilement délocalisables parce qu'elles s'attachent d'abord à satisfaire les besoins des territoires qui les accueillent”. Témoin, la Manufacture Innove, lauréate seine-et-marnaise du concours CréaRîF Entreprendre Autrement 2011 et de l'appel à projets du Département de Seine-et-Marne en 2012 (voir page 9). Elle permet à des familles à faibles revenus d'acquérir des maisons basse consommation tout en étant associées à leur construction sur la commune de Lieusaint.

L'ESS en France
- 215 000 établissements employeurs : principalement des associations (84,5 %), mais aussi des coopératives (12 %), des mutuelles (3 %) et des fondations (0,5 %).
- 2,3 millions de salariés, soit 9,9 % de l'emploi français. Avec plus de 100 000 emplois créés chaque année, l'ESS représente désormais 1 nouvel emploi sur 5. Entre 2006 et 2008, ses effectifs ont augmenté de 7,1 % tandis que ceux du reste du secteur privé ne croissaient que de 5,4 % et ceux du public chutaient de 0,6 %. A noter, la part très majoritaire de l'emploi féminin (66 %), y compris dans l'encadrement (54 %).
- Dans des proportions assez équivalentes à celle du secteur privé classique, l'ESS comprend une très nette majorité de micro-entreprises (77 % ont moins de 10 salariés). Seules 0,9 % d'entre elles comptent plus de 250 salariés.
- L'action sociale se classe au 1er rang des activités avec 6 emplois sur 10, suivie par les activités financières et d'assurances (1 sur 10). Viennent ensuite l'enseignement, la santé et les autres services. Elle pèse peu dans l'industrie et la construction (1 %), mais c'est en revanche dans ces secteurs qu'exercent essentiellement les coopératives.

(source Insee, clap 2008 – Traitement : Observatoire National de l'ESS / CNCRES)

Et en Seine-et-Marne

- 2 270 entreprises, soit 7,7 % de l'ensemble des entreprises seine-et-marnaises. L'emploi ESS représente 24 629 équivalents temps pleins (ETP) et 724 millions d'euros de rémunérations brutes.
- Les associations sont les plus nombreuses (2 589 établissements) et pèsent le plus lourd avec 19 265 ETP et 534 M€ de rémunérations brutes. Suivent les coopératives (261 établissements et 2 948 ETP) et les mutuelles (53 établissements, 930 ETP).
- Comme ailleurs en France, l'action sociale domine avec 428 établissements et 45 % des ETP.

(source Insee, clap 2009 – Traitement : Observatoire régional de l'ESS Ile de France)

 

INTERVIEW : Sylvain Couthier. Président d'ATF Gaia
Pourquoi avez-vous opté, en 2008, pour le statut d'entreprise adaptée et ainsi avoir rejoint l'économie sociale et solidaire ?
S. C. : Principalement pour mettre en application les valeurs auxquelles nous croyons. Dès sa création en 1995, ATF Gaia avait employé des personnes en situation de handicap sans que cela nuise à ses performances et à sa rentabilité sur le marché du réemploi de matériel informatique. Nous avons voulu aller plus loin.

Qu'est-ce qui justifie ce statut ?
S. C. : Le fait, comme le précise la réglementation, qu'avec 45 personnes sur 50, plus de 80 % de nos effectifs de production sont en situation de handicap. Cela ouvre droit à des subventions dites “d'aide au poste” pour compenser les surcoûts induits par un déficit de productivité, un taux d'absentéisme plus élevé, un encadrement renforcé et les dépenses liées à l'adaptation des postes de travail.

Quel est l'impact pour vos clients ?
S. C. : Ils sont gagnants car ils peuvent mettre en avant notre statut d'entreprise adaptée pour remplir partiellement leurs obligations sur l'emploi de personnes handicapées. Les salariés sont également gagnants avec des emplois durables – en CDI – et la possibilité de se professionnaliser. Enfin, c'est une économie pour la société. Tous ces facteurs, plus quelques autres, nous ont valu de recevoir l'agrément ESS du Préfet de Seine-et-Marne.

“Nous sommes avant tout une entreprise avec des impératifs économiques, ce qui ne nous empêche pas de vouloir nous engager de façon solidaire et durable dans la société.”

L'Université Paris-Est Marne-la-Vallée abrite la chaire d'économie sociale et solidaire.

 

 

 

 

 

LA SEINE-ET-MARNE S'ENGAGE

Soucieux de concilier efficacité économique, responsabilité sociale et développement durable de ses territoires, le Conseil général de Seine-et-Marne a inscrit l'ESS parmi les priorités de son Contrat de mandature 2011-2014. Témoin, l'appel à projets très fructueux qui a permis de soutenir 17 opérateurs locaux en 2012.

En 2011, le Département avait déjà fait un premier pas significatif en commandant une étude à la Chaire d'économie sociale et solidaire de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée (voir l'encadré ci-dessous). “Ce travail nous a permis de déterminer les potentialités économiques du territoire et d'identifier les différentes pistes d'actions pour favoriser le développement de l'ESS en Seine-et-Marne, explique Kysia Dorizon, Chargée de mission au Conseil général. Des focus particuliers ont été réalisés sur trois secteurs (le tourisme, l'agriculture et l'insertion par l'activité économique) et deux territoires (Meaux et le Sud Seine-et-Marne). Nous ne partions pas de zéro grâce au travail d'Initiatives 77, à l'insertion par l'activité économique, le soutien à la jeunesse, aux clubs sportifs, aux associations culturelles. Mais nous voulions aller plus loin, avec une dimension économique plus marquée.”

500 000 euros de dotation
C'est dans ce même but qu'a été lancé l'appel à projets départemental pour l'ESS en février 2012. “Les résultats ont été très encourageants puisque nous avons reçu 51 projets éligibles, détaille Kysia Dorizon. 17 ont finalement été retenus pour un total de 500 000 euros. Des associations et 3 Scop principalement, mais aussi des sociétés par actions simplifiées (SAS) dont les finalités sociales ou environnementales et l'organisation satisfaisaient aux critères de l'ESS. Tous recevront au maximum 50 % du coût HT de leur projet dans la limite de 50 000 €”. Le palmarès illustre à lui seul l'extraordinaire variété des activités couvertes par l'économie sociale et solidaire. Cela va de la solution informatique pour la dématérialisation du courrier tracé proposée par la Scop Andevia (Chelles) à la préparation/livraison de repas pour les particuliers et les entreprises à Fontainebleau par l'entreprise intermédiaire IN 2.0 (Bougligny) en passant par la couveuse d'activités agricoles biologiques portée par l'association Les Champs des Possibles (Villenauxe-la-Petite). “Au total, 80 emplois à court et moyen termes sont espérés”, ajoute Kysia Dorizon. Toujours en 2012, le 14 décembre, en clôture du mois de l'ESS en Seine-et-Marne, une journée a mis l'accent sur les opportunités que pouvaient offrir les Scop, notamment pour la reprise d'une entreprise par ses salariés en cas de départ à la retraite du dirigeant ou de dépôt de bilan. Présente, l'Union régionale des sociétés coopératives et participatives (URSCOPP) d'Île-de-France a annoncé son intention de promouvoir cet outil avec la désignation d'un chargé de mission qui viendra en vanter les atouts dans le département.

Une chaire dédiée à Marne-la-Vallée
 
Le Conseil général de Seine-et-Marne participe au comité de pilotage de la chaire d'économie sociale et solidaire de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée qu'il finance à hauteur de 10 000 € par an.  Créée en 2010 et placée sous la responsabilité de Hervé Defalvard, Maître de conférences en économie, cette chaire compte déjà plusieurs travaux de recherche à son actif dont les études L'ESS dans la croissance et l'emploi en Seine-et-Marne, Les effets sur l'emploi de la concentration dans les mutuelles de santé, L'évolution des métiers dans le sanitaire et social et L'insertion par l'activité économique. Parallèlement, une licence professionnelle de Management des organisations de l'économie sociale et un Master de Management de l'insertion dans l'économie sociale et solidaire comptent une centaine d'étudiants.

DES SUCCESS STORIES ET DES ESPOIRS EN SEINE-ET-MARNE

Réussir dans l'ESS n'est ni plus facile, ni plus compliqué que dans le secteur privé traditionnel. Un atout, à tout le moins, est garanti : la forte implication des salariés qui sont associés à la gouvernance de leur outil de travail.

Alpha T.P à Brie-Comte-Robert, une SCOP qui intervient principalement dans les Travaux Publics depuis bientôt 30 ans.

 

 

 

 

 

 

En juillet prochain, Alpha T.P (Brie-Comte-Robert) fêtera son 30e anniversaire. Le bel âge pour une Société Coopérative Ouvrière de Production (Scop) portée sur les fonts baptismaux par 21 salariés associés, auxquels les pessimistes ne donnaient guère plus de chance de réussir que leur ancienne PME en dépôt de bilan. C'était sans compter les vertus de l'ESS et de la volonté farouche de professionnels passionnés par leur métier. Aujourd'hui, ils sont une petite centaine, associés pour 70 % d'entre eux, et leur petite entreprise se porte plutôt bien. En 2011, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 16 M€ (+ 11 %) avec Aéroports de Paris, la SNCF, CRE RATP, le Conseil général de Seine-et-Marne ou les EPA de Sénart et Marne-la-Vallée. Elle intervient principalement dans les travaux publics, mais elle a su, au fil des ans, négocier plusieurs diversifications dans l'éclairage public, la fabrication d'enrobé ou la location de matériel...

Une telle réussite fait rêver tous ceux qui, eux aussi, ont misé sur l'économie sociale et solidaire. Pour Laure Colombier, c'est plutôt bien parti, puisque son association Kinder Exchange a reçu le Prix de l'Économie Sociale et Solidaire en Seine-et-Marne au concours de la Créativité 2012 organisé par la Maison de l'Emploi de Sénart, avec le soutien financier de Seine-et-Marne Développement. “2012 a été notre première année de plein exercice, avec l'organisation d'une trentaine d'échanges linguistiques avec l'Angleterre, l'Irlande et l'Espagne. Il nous en faudra une centaine pour créer un premier emploi, compte-tenu des tarifs très modestes que nous pratiquons”. 200 € de frais de mise en relation, c'est jusqu'à six fois moins cher que dans la concurrence privée, sélection rigoureuse et immersion totale en prime ! L'utilité sociale est ici évidente.

Des éco-activités en plein boom
Plus spectaculaire pourrait être, très rapidement, la croissance d'Andévia, dès lors que cette jeune Scop SARL de Chelles aura convaincu ses premiers clients de l'intérêt économique et environnemental de sa solution informatique pour la dématérialisation du courrier tracé. Récente lauréate de l'appel à projets ESS du Conseil général de Seine-et-Marne, elle a reçu une aide de 50 000 € qui l'aidera à recruter un commercial. “S'il le souhaite, il deviendra salarié-associé”, annonce Pascal Aulard, co-fondateur de l'entreprise avec Fabrice Ansel. “Nous arrivons tous les deux d'une grande multinationale américaine dont la gouvernance ne correspondait pas à nos valeurs. Associer les gens aux bénéfices et aux décisions nous semble la méthode de management la plus motivante. Si nous donnons tous le meilleur de nous mêmes, nous en toucherons ensemble les bénéfices”.

L'AFILE 77 en appui
En 2011, AFILE 77 a accompagné et /ou financé 100 associations et entreprises solidaires seine-et-marnaises représentant plus de 1 800 emplois. “Pour 13 d'entre-elles grâce, notamment, au Fond Territorial France Active, l'appui fut financier avec garantie d'emprunt bancaire et prêts (318 000 € au total, aux taux de 0 à 2 % sur 2 à 5 ans)” détaille la directrice d'AFILE 77, Florence Rigault. La micro-crèche rurale Au Clair de lune (Méry-sur-Marne) s'est ainsi vue octroyer un prêt de 20 000 € sans intérêt. Les 87 autres structures, essentiellement des associations, ont bénéficié du Dispositif local d'Accompagnement (DLA), soutenu par le Département, l'Etat et la Caisse de dépôts et Consignations. “Après un diagnostic partagé, nous pouvons offrir des journées de consultants – pour un budget global de 140 000 € en 2011 – afin de solutionner leurs problématiques en termes de gestion, de ressources humaines, de stratégie, etc.”

 

INTERVIEW : Céline Romain, gérante de la coopérative RurBan Coop.
Votre coopérative fêtera en mai sa 1e année effective de fonctionnement à Melun. Quel est son bilan ?
C. R.
: Fin 2012, elle comptait déjà 15 entrepreneurs dans des secteurs aussi différents que la formation, la communication, les loisirs créatifs ou l'artisanat. Arrivés progressivement au fil des mois, ils ont totalisé en six mois 60 000 € de chiffre d'affaires alors que nous en avions prévu 80 000 – mais sur 12 mois. Nous sommes donc dans les clous.

Concrètement, que leur apporte la Coopérative d'Activités et d'Emploi, (CAE) comparée, par exemple, à un statut d'auto-entrepreneur ?
C. R.
: Trois choses principalement. D'abord un accompagnement dans la durée, à la création de leur activité et tout au long de son développement. Ensuite, un hébergement fiscal, juridique et comptable, sans pour autant empiéter sur leur autonomie et leur responsabilité. Enfin, un statut de salarié très rassurant, car il ouvre droit à toutes sortes de prestations : le congé maladie, le congé maternité, le congé parental...

Pour l'instant, vous n'équilibrez vos comptes qu'avec le soutien de la Région et des Départements de Seine-et-Marne et de l'Essonne. Quand la coopérative sera-t-elle autonome ?
C. R.
: L'équilibre sera atteint quand nous aurons réuni 80 à 100 entrepreneurs, sachant que chacun reverse à la CAE 10 % de son chiffre d'affaires ou de sa marge brute.

 “La Coopérative d'Activités et d'Emploi RurBan Coop est ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent poursuivre un projet entrepreneurial individuel en bénéficiant d'un collectif.”

SOURCE
Trajectoires n° 29 – FEVRIER - MARS 2013

Tags: 

Abonnez-vous à notre newsletter

Format : 11/2017
Format : 11/2017