Publié le 04/04/2012

« INITIATIVES TÉLÉCENTRES 77 » : LA SEINE-ET-MARNE OUVRE LE CHANTIER.

La Seine-et-Marne est en 2012 le premier département francilien à se mobiliser en faveur du déploiement d’un réseau de télécentres sur son territoire dans un double objectif d’attractivité économique et de développement durable. Apres une étude de marché et de faisabilité de grande ampleur en 2011, elle passe aujourd’hui à l’action.

La Seine-et-Marne est en 2012 le premier département francilien à se mobiliser en faveur du déploiement d'un réseau de télécentres sur son territoire dans un double objectif d'attractivité économique et de développement durable. Apres une étude de marché et de faisabilité de grande ampleur en 2011, elle passe aujourd'hui à l'action.

Rassembler tous les avantages d'un bureau en limitant les temps de transport, telle est la vocation des télécentres.

 

 

 

TÉLÉCENTRE, OUVRE TOI !

Avec plusieurs années de retard sur la Hollande, la Belgique ou l'Irlande, la France se décide enfin à faire des télécentres une réponse crédible aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux des villes du 21e siècle et leurs territoires périphériques. Mais si aujourd'hui les TIC permettent virtuellement tout... seule l'évolution des mentalités et du management sera la clé du succès.

Si l'on demandait aux travailleurs franciliens de la grande couronne leurs souhaits professionnels les plus chers, la réduction du temps de trajet domicile/travail (2h30 par jour en moyenne) serait à coup sur parmi les réponses les plus citées – et sans doute même la toute première. Qu'ils se réjouissent, avec le télécentre, une solution commence enfin à émerger. Télécentre ? Une appellation qui désigne des espaces de coworking proposant des postes de travail aux travailleurs nomades, salariés et indépendants – pour une heure, une journée ou une durée plus longue. L'objectif ? Leur éviter de se rendre systématiquement dans leur entreprise pour travailler. À la clé, de substantielles économies – de temps, d'argent, de stress et de fatigue. Pour les entreprises aussi, le jeu en vaut la chandelle. Le télétravail en télécentre augmente notablement la productivité des salariés en diminuant tout à la fois l'absentéisme, la fatigue due aux transports et les retards. Il permet a l'entreprise de limiter significativement sa facture immobilière, et propose une alternative juridique et professionnelle très satisfaisante au télétravail a domicile. Quant aux territoires limitrophes de la métropole, ils y gagnent en attractivité, et la planète en diminution des émissions de CO2.

Au croisement des enjeux environnementaux, économiques et sociaux du développement durable, ce type d'équipement a depuis longtemps séduit nos voisins hollandais, allemands, belges ou irlandais. “En France, le relatif échec du télétravail – le plus souvent à domicile – dans les années 1980 a freiné le processus, analyse Anne Paillet, responsable innovation durable et chef du projet Télécentres 2.0 au sein du cluster Green and Connected Cities. Mais peu, à peu, depuis cinq ans, les mentalités évoluent. L'excellent travail mène par la Seine-et-Marne, et le récent appel à projets de l'Île-de-France participent de ce mouvement”.

Des télécentres en réseaux et parfaitement équipés
Plusieurs facteurs conditionneront la réussite du travail en télécentres ces prochaines années. D'abord, la qualité de l'offre. Pour devenir une véritable alternative, les télécentres devront être suffisamment nombreux, organisés en réseau et facilement accessibles en transports en commun, afin de répondre aux besoins des entreprises et des travailleurs sur l'ensemble d'un territoire. Ils devront aussi être dotés de connexions internet à très haut débit, symétrique, et offrir des postes de travail sécurisés, bien équipés et modulables dans l'espace et dans le temps. La convivialité devra être au rendez-vous dans des locaux très qualitatifs favorisant les échanges et le travail collaboratif (coworking).
La seconde clé du succès, peut-être la plus importante aux yeux d'Anne Paillet, réside dans la nécessaire évolution du management. “Dans un pays comme la France ou la présence physique dans l'entreprise reste encore la référence, il faut passer le cap : autonomiser les salariés, les faire travailler sur des objectifs et des projets”. Aujourd'hui, les TIC permettent tout. Quoi qu'il en soit, face à la saturation des transports et aux coûts de l'immobilier, le modèle de centralisation à la française impose peu à peu de passer à de nouveaux modes de travail, tels que le travail à distance...

 

INTERVIEW : Christian Ollivry. Président d'Actipole21, réseau d'espaces de travail mutualises “à la demande” développés en synergie avec les collectivités territoriales.
Quelles sont les conditions impératives à respecter pour que l'émergence des télécentres soit un succès en France ?
C.O. : Deux conditions me semblent essentielles. D'abord, ces télécentres doivent fonctionner en réseau afin d'être facilement identifiés et proposer des services homogènes et compatibles. Les entreprises ont besoin de disposer d'une offre globale avec des équipements suffisamment nombreux, bien repartis géographiquement et accessibles via un système de réservation, un choix tarifaire, etc. Ensuite, pour éviter tout échec au démarrage, avant que ce réseau soit fort, chaque télécentre devra s'assurer d'une appétence locale de façon à n'ouvrir qu'avec l'assurance de sa viabilité économique. Cela passe par une étude de marché, bien sûr, mais aussi par la sensibilisation préalable des entreprises qui emploient sur le territoire du télécentre.

“L'intégration dans un réseau est indispensable pour rendre les télécentres visibles et homogènes aux yeux des entreprises appelées à les utiliser.”

Est-ce dans ce double but qu'Actipole21 vient de créer un label qualité ?
C.O. : Absolument. On ne peut pas reprocher aux entreprises de ne pas utiliser des télécentres qui n'existent pas encore ! Elles ont besoin d'être rassurées quant à la qualité de prestations des télécentres pour franchir le pas. Ce label qualité définit une gamme de services et d'équipements à même de leur garantir des conditions de travail optimales pour leurs salariés, communes à tous les télécentres adhérents. Ce label est le fruit d'une réflexion menée en commun par des entreprises potentiellement utilisatrices, des opérateurs et des collectivités.

 

Les pratiques et attentes des entreprises et indépendants seines-et-marnais

L'étude de marché réalisée fin 2011 par le cabinet LMMG Worklabs pour le compte de Seine-et-Marne Développement a permis d'identifier les attentes de 27 grandes entreprises franciliennes et de 150 TPE et travailleurs indépendants domiciliés en Seine-et-Marne.

Leurs réponses ont d'abord montre que le travail hors entreprise est déjà pratiqué à des degrés variables :
- 16,7 % des franciliens travaillent au moins une fois par semaine en dehors de leur bureau,
- 31 % des salariés des grands groupes pratiquent le “nomadisme”, mais seuls 2 % ont un véritable statut de télétravailleur (le plus souvent à domicile),
- 29 % des TPE-PME ont des salariés nomades ou télétravailleurs,
- 53 % des indépendants travaillent régulièrement à domicile ou dans un tiers lieu (+ 10 % par an).

L'intérêt pour les télécentres est donc palpable, tant du côté des grandes entreprises que des salariés et indépendants :
- 16 % des grands groupes interrogés sont intéressés par des places en télécentre en 2012,
- 89 % envisagent de recourir à cette solution à moyen et long terme, en particulier pour résoudre leurs problématiques immobilières,
- 58 % d'entre eux enregistrent une demande des salariés pour le télétravail,
- 34 % des TPE et travailleurs indépendants interrogés sont également intéressés.

Les attentes ne divergent que sur les espaces attendus. Les grandes entreprises plébiscitent les open-space (88 %) tandis que les TPE/PME et indépendants préfèreraient les bureaux fermes (75 %). Mais tous s'accordent sur la nécessité de disposer d'une cafétéria (93 % des grandes entreprises et 70 % des TPE/PME et indépendants).

LA SEINE-ET-MARNE EN PREMIÈRE LIGNE

Premier département francilien à étudier en profondeur le marché et la faisabilité des télécentres, la Seine-et-Marne souhaite aujourd'hui rassembler et mutualiser les initiatives qui émergent sur son territoire pour disposer rapidement d'un réseau visible pour les entreprises et les seine-et-marnais.

En présentant les résultats de l'étude qu'elle a commandée en 2011 à un cabinet spécialisé sur les pratiques et attentes des utilisateurs potentiels des télécentres (voir ci-contre), Seine-et-Marne Développement a mis en lumière les atouts des espaces de travail à distance, encore insuffisamment développés en France. “Notre intérêt n'est pas nouveau, souligne Gérard Eude, le Président de l'agence de développement économique départementale. Nous avons d'ailleurs inclus cette thématique dans la contribution du Conseil général à la révision en cours du schéma directeur de l'Île-de-France.”

La mobilisation de la Seine-et-Marne – une grande première pour un Conseil général d'Île-de-France – répond d'abord à des critères géographiques. Son territoire est vaste et de nombreux  habitants sont contraints à de longs trajets pour aller travailler à Paris ou à la Défense. En s'impliquant dans la création d'un réseau de télécentres qui seront positionnés sur des bassins d'emplois tels que Marne-la-Vallée, Fontainebleau, Melun, Meaux, dans des zones semi-urbaines voire éventuellement rurales (cf. page 10), elle entend apporter une solution pertinente et pérenne à plusieurs défis – dont, bien sûr, le développement durable. “À la clé, une limitation des déplacements quotidiens, une réduction des émissions de CO2 et de notables économies sur les coûts des transports publics et le déploiement d'infrastructures” explique encore Gérard Eude. La création de télécentres, rendue possible par la création du réseau internet haut débit départemental, permettrait aussi d'expérimenter un nouveau modèle de développement sur les territoires, de renforcer l'attractivité économique, et de soutenir la dynamique des petites entreprises.

Avec le montage courant 2012 d'Initiatives Télécentre 77 (voir ci-dessous), Seine-et-Marne Développement franchit une nouvelle étape. “Nous avons commencé à recenser les projets existants dans les différents bassins de vie et d'activités du département. Cette structure aura pour but d'accompagner les porteurs de projets publics et privés dans la définition de modèles économiques viables, de réaliser et mutualiser des études, d'apporter des services innovants et de promouvoir l'offre des télécentres, précise Gérard Eude. Le succès ne pourra être que collectif car les entreprises n'adhéreront au travail dans des tiers-lieux que si elles disposent d'une offre globale, de qualité homogène et bien repartie, non seulement en Seine-et-Marne, mais aussi ailleurs en Île-de-France.”

 

UNE ASSOCIATION D'ORES ET DÉJÀ OPÉRATIONNELLE
Créée à l'initiative de Seine-et-Marne Développement, et avec le soutien du Conseil général de Seine-et-Marne, une structure associative de promotion des télécentres – “Initiatives Télécentres 77” – vient d'être créée.
IT 77 regroupe les acteurs intéressés par le déploiement d'un réseau : des communautés d'agglomération, des communes, des grandes entreprises, des PME/TPE et des structures publiques ou parapubliques prêtes à soutenir le développement de télécentres. Elle a aussi vocation à susciter l'émergence d'un réseau régional auquel elle participe afin de proposer aux entreprises une solution à l'échelle francilienne.

+ d'infos :  Anne-Sophie Calais, 01 75 05 61 42 – as.calais@smd77.com

 

UN MAILLAGE DU TERRITOIRE SE DESSINE

 

En Seine-et-Marne, de nombreux projets de télécentres portés par des collectivités territoriales ou des opérateurs privés émergent, dont certains avancent rapidement. À Melun, Fontainebleau ou dans certaines pépinières, des bâtiments déjà existants accélèrent le processus.

Avant la fin de l'année 2012, au plus tard début 2013, plusieurs télécentres devraient ouvrir leurs portes en Seine-et-Marne, matérialisant le démarrage d'un réseau. Fontainebleau, Melun ou Sénart ont notamment des projets très avancés qui bénéficient d'un atout de taille : des locaux déjà existants qui réduisent d'autant les investissements à consentir et les délais de mise en service.

À Melun, au cœur du quartier d'affaires de la gare, connecté à un pôle d'échange multimodal en cours d'aménagement, la Communauté d'agglomération a acquis un ancien supermarché. “Tout ou partie des 1 400 m² de l'ancienne cafétéria située au 1er étage du bâtiment sont destinés à devenir un télécentre, détaille Geneviève Varoqui, la Directrice générale adjointe de la Communauté d'agglomération. Dans les mois à venir, avec l'aide de Seine-et-Marne Développement et dans le cadre de l'appel à projet lancé par la région Île-de-France, nous allons définir un programme d'aménagement, choisir le gestionnaire et procéder aux travaux nécessaires. Livraison espérée : début 2013.”

Ailleurs, les élus ont intégré dans leur réflexion la saturation de leurs pépinières d'entreprises. À Fontainebleau, à proximité de la pépinière ouverte en 2008 et complète des 2010, la Communauté de Communes a investi dans l'acquisition d'un immeuble de bureaux vacants (1 137 m² sur 4 niveaux), sa modernisation et son équipement. “Il appartiendra au gestionnaire bientôt désigné, de faire son business plan en mixant les fonctions de façon très qualitative, explique Valérie Dronet, la responsable du développement économique et touristique. Notre cahier des charges d'aménagement prévoira au minimum un espace de coworking, des bureaux/box cloisonnés – notamment pour les créateurs d'entreprises – des salles de réunion et de visioconférence, un point reprographie et des espaces de convivialité.” D'autres collectivités positionnées sur des bassins d'emploi importants, Marne-la-Vallée, la Communauté d'agglomération du Pays de Meaux, de la Brie Francilienne, mènent des réflexions de leur côté. Tandis qu'à Roissy, la Pépinière Aéropôle a engagé une réflexion sur la création d'un espace télécentre au sein de ses locaux. À Sénart, le SAN compte réserver une partie de la récente extension de sa pépinière de Moissy-Cramayel pour expérimenter un espace de coworking.
Si le test est concluant, cette fonction sera incluse de façon plus conséquente dans la future pépinière / hôtel d'entreprises prévue dans Ecopôle qui doit voir le jour à proximité de la francilienne.

QUEL MODELÈLE DANS LES ZONES SEMI-URBAINES OU RURALES ?

Les Communautés d'agglomération des Pays de l'Ourcq, de la Goële et du Multien, des Templiers ou de la Brie des Morins s'intéressent aussi à la dynamique que pourraient apporter les télécentres. La question du format d'un modèle viable en zone rurale sera l'une des questions étudiées au sein du réseau Initiatives Télécentres 77. L'opportunité semble conditionnée à l'existence de flux (gare de passage à proximité) et à la réalisation d'études locales préalables.

À Trilport, 5 000 habitants, le maire, Jean-Michel Morer, soutient l'initiative privée des propriétaires d'un immeuble de bureaux de 1 200 m² déjà partiellement occupé, situé sur l'emprise du futur écoquartier de “l'Ancre de Lune”.
“Il y a un potentiel pour un projet suffisamment polyvalent, défend l'élu. Les premières enquêtes effectuées laissent apparaitre une réelle demande de candidats au télétravail ou d'auto-entrepreneurs. Dans une zone encore mal desservie par l'internet à haut débit, ils y disposeraient de connexions de qualité grâce à la proximité du réseau départemental sem@for77”.

L'implantation de télécentres dans des zones urbaines plus proches du domicile des habitants des zones rurales pourrait être aussi une solution propre à réduire leur temps de transport.

 

I NTERVIEW : Laurian Bertin Hugault . Gérant de Centrex (Lognes)
“ Initiatives Télécentres 77 peut devenir une véritable vitrine des bonnes pratiques en Seine-et-Marne et même au-delà en Île-de-France. ”
Votre intérêt pour les télécentres a-t-il un lien avec votre activité actuelle ?
L.B.H. : Il y a certes des points communs avec une mutualisation d'espaces et de services. Centrex accueille chaque année 250 à 300 concours et examens pour le compte de clients qui n'ont pas besoin de disposer en propre des locaux adéquats. Dans un tout autre domaine, les télécentres vont offrir des locaux et des services aux entreprises qui veulent limiter les déplacements de leurs salariés.

Concrètement, quels sont vos projets ?
L.B.H. : Nous travaillons actuellement sur plusieurs pistes à Val d'Europe, Fontainebleau, Meaux ou Melun. L'objectif est d'ouvrir le premier télécentre très rapidement, puis un ou deux autres d'ici la fin 2012, principalement en Seine-et-Marne. Tout peut aller très vite si nous louons des bâtiments déjà existants. Il faut ensuite investir de 300 à 400 000 € pour les aménagements et les équipements d'une centaine de postes de travail.

Que peut vous apporter Initiatives Télécentres 77 ?
L.B.H. : Il appartiendra aux opérateurs de se regrouper pour offrir des conditions de fonctionnement simples et communes aux entreprises. Par exemple une facturation unique. Initiatives Télécentres 77 peut nous aider dans cette réflexion. Seine-et-Marne Développement a déjà fait beaucoup en mettant le sujet sous les feux de l'actualité, notamment via l'étude réalisée en 2011. L'association qui va se constituer pourra utilement accompagner les porteurs de projets.

 

SOURCE
Trajectoires n° 25 – AVRIL-MAI 2012

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Format : 08/2017
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