Publié le 05/09/2017

French Fab : interview de Damien Marc (JPB Système)

©Juliencresp_Oblique
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Entretien avec Damien Marc, président de JPB Système une entreprise ambassadrice de la French Fab. Créée en 1995, la société, basée à Montereau sur le Jard, en Seine et Marne, conçoit, fabrique et commercialise des produits auto-freinants pour la sécurisation des ensembles vissés sur les réacteurs d’avions civils et militaires

Elle s'est récemment dotée d'une usine 4.0, ultra sophistiquée et robotisée. De quoi offrir une qualité et un service exceptionnels aux clients, et doper sa compétitivité.

1- Vous avez déclaré à l'occasion du salon de l'aéronautique du Bourget que JPB Système pouvait être aussi compétitif que les pays à bas coût et même meilleur qu'eux en ce qui concerne la technicité et le service aux clients. Quel est donc votre secret ?

Damien Marc : Je n'ai pas vraiment de secret, si ce n'est que j'ai remarqué, lors de mes voyages, que les sous-traitants de l'aéronautique des pays à bas coût, en Pologne, par exemple, ne faisaient pas l'effort, précisément parce que le prix de la main d'oeuvre est faible, d'optimiser les process et d'apporter plus de valeur ajoutée. C'est tout le contraire chez JPB Système. Nous sommes poussés à être imaginatifs. Nous avons donc robotisé au maximum, ce qui nous permet d'offrir une qualité exceptionnelle et régulière à nos clients. Par ailleurs, lorsque j'ai repris l'entreprise, en 2009, j'ai insisté immédiatement sur la notion de service au client, puisque si le prix est important dans un achat, ce n'est pas la seule composante. La notion de service est une culture très importante à développer et qui porte ses fruits. Nous avons d'ailleurs à cet égard de très bons indicateurs. Ainsi, JPB Système a gagné, pour la septième année consécutive, le Prix du meilleur fournisseur de Safran, l'un de nos plus gros clients. Nous n'avons, en sept ans, jamais été en retard sur une livraison et nos produits ont toujours été « zéro défaut ».

2 – L'entreprise JPB Système s'est récemment dotée d'une nouvelle usine. Dans quel but ?

DM : L'usine, pour laquelle nous avons consenti un investissement de l'ordre de 4 millions d'euros, est effectivement opérationnelle depuis le premier trimestre 2017. Elle est équipée de machines de production ultra sophistiquées et robotisées, qui peuvent être pilotées facilement.

"Du fait de la robotisation,   la productivité est accrue et la qualité sans faille"

Une de nos machines remplace trois machines dans un pays moins porté sur l'innovation et un seul de nos salariés peut en piloter deux en même temps. L'avantage est donc énorme au point de vue coût de main d'oeuvre, puisqu'une personne peut en remplacer six, en fait. En outre, du fait de la robotisation, la productivité est accrue et la qualité sans faille, puisqu'elle ne dépend pas d'un humain qui pourrait commettre des erreurs.

3 – Quels sont vos objectifs en ce qui concerne votre chiffre d'affaires à l'export à l'avenir ?

DM : L'export représente aujourd'hui environ 70 % de notre chiffre d'affaires, qui est de 12 millions d'euros, contre 5 % en 2009. Nous avons pour objectif d'être à 90 % en 2020. C'est dans cette optique que nous investissons entre 5 et 10 % de notre chiffre d'affaires dans la R&D. Il s'agit d'être proactif. D'ailleurs, dans notre domaine, nous ne pouvons pas attendre la commande pour investir, il faut la devancer.

4 – Quelles sont vos relations avec les grands groupes de l'aéronautique qui sont vos clients ?

DM : Notre société a une belle histoire, puisque nous avons développé des outils à l'origine pour le groupe Safran et grandi grâce à cela. La relation qui s'établit entre une PME et un grand groupe doit permettre à la PME d'innover et au grand groupe de profiter de l'agilité de cette petite structure. Or parfois, les grands groupes tentent de capter les innovations des PME et leur propriété intellectuelle. Il s'agit donc, comme nous l'avons fait, d'établir un contrat entre les deux parties qui permette à la PME de développer dans un premier temps des outils pour un grand groupe, mais ensuite, de les commercialiser auprès d'autres clients, notamment à l'export. C'est d'ailleurs un avantage pour un grand groupe, puisqu'un portefeuille de clients plus étoffé est un gage de pérennité de la PME, qui reste, après ces quelques années d'exclusivité vis à vis d'un grand groupe, toujours agile et compétitive. S'il existe également des initiatives, allant dans le sens d'une meilleure co-création entre grands groupes et PME, tel que le Pacte PME ou l'open innovation de Safran avec ses fournisseurs, cette culture de la confiance et de l'échange doit se développer davantage au sein de la grande industrie française.

 5 – L'aéronautique est clairement un secteur d'avenir. Rencontrez-vous cependant des difficultés pour embaucher ?

DM : Oui, du fait de la dé corrélation entre le monde de l'industrie et celui de l'école. Parfois, des professeurs effectuent des visites de nos installations et nous avouent bien volontiers que ce qui est enseigné dans les BTS ou autres n'est pas en accord avec nos demandes actuelles. D'ailleurs, lorsque nous embauchons, nous devons former nos salariés pendant six mois environ pour qu'ils puissent travailler sur nos machines. Nous n'avons désormais plus besoin de profils d'ouvriers de base, mais en revanche, nous recherchons des gens qui sont capables de piloter des robots et de superviser des process, et un BTS peut suffir. En outre, nous serions preneurs d'un système à mettre au point avec les établissements de formation en alternance, et qui consisterait à organiser des binômes d'apprentis. Cela permettrait d'avoir une continuité dans les relations clients, par exemple, tandis que pour l'instant, l'apprenti s'en va périodiquement au centre de formation et laisse les clients sans interlocuteur. Il s'agirait simplement de passer une entente entre écoles pour que cela soit mis en œuvre. Quoiqu'il en soit, je suis optimiste. Beaucoup de jeunes sont bien « câblés » et à l'aise avec la technologie. Du coup, l'idée de piloter une machine d'une grande technicité mais quasiment avec un smartphone est de nature à les attirer vers nos métiers.

Source : http://www.bpifrance.fr/A-la-une/Actualites/French-Fab-interview-de-Damien-Marc-JPB-Systeme-35301

JPB Système est membre du réseau Bpifrance Excellence.

Crédit photo : ©Juliencresp_Oblique

 

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Format : 11/2017
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