Publié le 30/01/2015

En Seine-et-Marne les FabLabs, c’est maintenant !

" Le FabLab associatif Moebius à Cély-en-Bière prendra bientôt la dimension d'une entreprise sous le nom de Moebius Factory ", annonce son fondateur Naimeric Villafruela (2ème personne en partant de la gauche).

Trois nouveaux FabLabs ouvriront cette année en Seine-et-Marne, ce qui portera à cinq leur nombre dans le département. Encore inconnus il y a 20 ans, ces ateliers du futur - espaces de création, d'expérimentation et de production de petites séries – révolutionnent les habitudes. Ils ouvrent les champs des possibles en démocratisant l'accès à des machines numériques de niveau professionnel, mais produites en plus grandes séries, donc moins chères. Un nouveau marché se structure, avec ses fournisseurs, ses prestataires... et ses clients. Parmi eux, les petites entreprises artisanales et industrielles qui peuvent innover à moindre coût. 

La fabrication numérique à la portée de tous !

LeFabLab de l'Atelier Innovation Services (Snecma – Safran)
© Éric Drouin / Snecma / Safran

Equipés pour prototyper et fabriquer des objets en petites séries, les FabLabs ouvrent de nouvelles perspectives aux entreprises. Les PME et les porteurs de projets, notamment, y disposent de ressources technologiques jusqu'alors inaccessibles. 

C'est une simple recherche sur internet qui a conduit l'année dernière Jo Montchaussé à frapper à la porte du FabLab Moebius de Cély-en-Bière. Pour i'bbz (Fontainebleau), son entreprise de produits pour l'escalade, il cherchait à fabriquer le prototype d'un porte-brosse fixé à l'extrémité d'une perche, indispensable aux grimpeurs pour nettoyer les prises sur les rochers. Bonne pioche ! Son porte-brosse existe aujourd'hui. Le modèle a été déposé à l'INPI... et l'entreprise a lancé sa commercialisation avec succès. 
 

Un labo pour innover

Pour Naimeric Villafruela, le créateur du FabLab Moebius, cette petite success story illustre parfaitement l'intérêt des FabLabs pour les PME qui n'ont pas les moyens ou le savoir-faire pour développer leur propre service R&D. “Le concept de ces équipements a été défini en 2004 au MIT (Massachussets Institute of Technology). Largement exporté depuis, il identifie des plateformes de création, de prototypage et de production en petite série d'objets physiques. Pour obtenir le label FabLab (1), il doit au minimum réunir une imprimante 3D, une fraiseuse numérique et une machine à découpe de précision (par cutter laser ou jet d'eau sous pression).” Ajoutez-y une machine à sérigraphie fabriquant des antennes et des circuits flexibles, des composants électroniques standards et des outils de programmation associés à des logiciels communs de conception et fabrication assistés par ordinateur... et vous pouvez concevoir, tester et fabriquer toutes sortes de pièces en plastique, métal et autres matériaux.
 

Production en flux tendu

“Au delà de la conception et du prototypage, les avantages de la production en petite série via FabLabs sont multiples, résume Naimeric Villafruela. Certes, le prix de revient à la pièce est plus élevé, mais la production se fait en flux tendu, évitant le coût et le stockage des grosses séries. Sans compter qu'une fois lancée, une imprimante 3D travaille seule, nuit et week-end compris !”

C'est cette flexibilité, associée à la multiplication des possibles, qui pousse aujourd'hui le Département de Seine-et-Marne à promouvoir le développement des FabLabs sur son territoire. “Outre Moebius, il en existe un second, créé il y a quelques mois par la SNECMA à Villaroche (voir page 10), indique Elodie Quilleré, chargée de mission à Seine-et-Marne Développement. Plusieurs autres ouvriront bientôt : à la Cité Descartes (Champs-sur-Marne), à l'ICAM (Sénart) et à l'IFIS (Val d'Europe)”. 

(1) Un FabLab doit favoriser le partage de connaissances et de compétences autour de publics et de fonctions variés : l'éducation par l'action (écoles et universités), le prototypage rapide (entrepreneurs et créateurs), la production locale, (artistes, designers, TPE) et l'innovation, invention des objets, des espaces, des formes de demain.

Pièce réalisée lors d'un atelier de l'association Moebius, un samedi après-midi à Cély-en-Bière.

 

Mini-entreprises en 3D

De façon très symbolique, c'est au lycée professionnel Benjamin Franklin (la Rochette) équipé depuis un an d'une imprimante 3D, que le Département de Seine-et-Marne a confié le soin de concevoir et de fabriquer les trophées du prochain Salon des mini-entreprises. À partir de 2015, un trophée spécial pourrait même récompenser une mini-entreprise créée et développée par des collégiens, des lycéens, des apprentis ou des étudiants autour d'un projet mettant en œuvre la technologie 3D.

Dans son accompagnement à la création et au développement des FabLabs sur son territoire, Seine-et-Marne Développement veille tout particulièrement à ce que ces équipements soient accessibles aux établissements scolaires et d'enseignement supérieur. Qui sait si une vocation précoce ou une idée de génie n'y naîtra pas dans quelques années ? 

 

INTERVIEW : Bernard Dizambourg, Président de la Communauté Université Paris-Est

© UPEC/NicolasDarphin

« Le FabLab de la Cité Descartes permettra à nos étudiants de prolonger leurs acquis et de s'ouvrir au monde de l'entrepreunariat. »

Comment appréciez-vous l'ouverture d'un FabLab à la Cité Descartes ?

B.D. : C'est une grande chance pour la Communauté Université Paris Est, qui rassemble plus de 50 000 étudiants et 1 800 enseignants chercheurs dans une vingtaine d'établissements. Nous possédons bien quelques imprimantes 3D, mais c'est sans comparaison avec l''outil et le réseau qui seront opérationnels dans quelques mois.

Concrètement, qu'apportera-t-il à vos étudiants ?

B.D. : D'abord, un prolongement précieux des cours et des activités pédagogiques en permettant des expériences très pointues et la fabrication de prototypes. Il facilitera aussi la mise en contact de nos étudiants avec des entreprises et porteurs de projets. D'où, sans doute, des projets transversaux et des transferts de technologies. Ce sera enfin un atout supplémentaire pour développer l'entrepreneuriat étudiant à travers la mise au point de produits qu'ils pourront commercialiser avant même la fin de leurs études.

Quelle sera la contribution de la Communauté Université Paris Est ?

B.D. : Au-delà d'une participation financière de l'ordre de 10 000 € par an, nous apporterons autant que possible nos compétences et savoir-faire.
 

Ouverture imminente à la Cité Descartes 

Éric Marceau – Made in 3D – entreprise spécialisée dans le design et la fabrication d'objets 3D, objets publicitaires, maquettes d'architectes...

Avant l'été, la Cité Descartes disposera de son propre FabLab pour démocratiser les nouvelles technologies de fabrication numérique auprès des étudiants, des enseignants, des PME et autres porteurs de projets.

Le compte à rebours est enclenché et Jean-Christophe de Tauzia, le directeur de l'Incubateur Descartes, mesure déjà les impatiences. “C'est bon signe. Cela prouve que tout le monde attend ce FabLab. Raison de plus pour être prudent.” Le fait est que l'essentiel est déjà accompli, à savoir réunir autour du projet tous les acteurs territoriaux et académiques concernés(1), financer cet investissement de 150 000 € (la première année) et trouver un hébergement (150m²) à proximité de l'incubateur.

Reste encore à installer les premières machines – imprimante, scanner 3D, fraiseuse et découpeuse numériques – et à recruter un manager qui ouvrira largement cet espace de co-création et de co-conception sur son environnement. “Nous concevons tous ce FabLab comme un point de convergence entre les communautés de la Cité Descartes, insiste Jean-Christophe de Tauzia citant les étudiants, les enseignants, les porteurs de projets en résidence à l'incubateur, les PME et start-ups du Val Maubuée, voire les établissements scolaires et le grand public.”
 

Un espace de fertilisation croisée

Dans un tel équipement, la notion de réseau est essentielle pour associer entre elles les compétences existantes et favoriser les partenariats. C'est bien dans cet esprit que le FCBA (Centre technique industriel des filières forêt, bois construction, ameublement) récemment installé à la Cité Descartes, soutient cette initiative. “De notre côté, nous avons Innovathèque, un centre de ressources en matériaux et process de l'ameublement, explique Jean-Marc Barbier, son responsable du service Innovation. Accompagner les entreprises fait partie de notre mission. On peut donc parfaitement imaginer que les pièces en fibres de bois produites au FabLab soient ensuite testées chez nous.” L'université Paris Est appelle elle aussi de ses vœux cette fertilisation croisée (voir l'interview ci-contre), à même de développer des produits innovants, sur la thématique de la ville durable en particulier.

(1) La Région, le Département, Seine-et-Marne Développement, l'EPAMARNE, le Val Maubuée, Descartes Développement, l'UPE, les grandes écoles et centres techniques de Champs-sur-Marne.
 

Sénart et Val d'Europe dans les starting-blocks

Après la Cité Descartes, ce seront l'Institut Catholique des Arts et Métiers ICAM (Sénart) et l'Institut Francilien d'Ingénierie des Services IFIS (Val d'Europe) qui auront leur FabLab avant la fin 2015...

Pour le premier, l'ouverture coïncidera avec l'inauguration des nouveaux locaux au Carré Sénart. “Nous participons à l'appel à projet régional, indique Jean-Pierre Pauwels, son responsable, mais nous aurons notre FabLab quel que soit le résultat. Il occupera 300 à 400m² dans un atelier de 1 000m². L'investissement s'élève à 300 000 €, notamment pour l'acquisition d'équipements à dimension industrielle tels qu'une fraiseuse numérique.”

Sur le campus de Val d'Europe, l'IFIS a répondu au même appel à projet, pour la création d'un FabLab de quelques 100m² dans la continuité de l'espace de coworking – la sandbox212 – créé début 2014. Étudiants et porteurs de projets pourront ainsi prolonger la conception par du prototypage.

 

Les entreprises sont déjà sur le créneau

Céline et Julien Guillen – 3DandCo – lauréats du prix “La Seine-et-Marne est créative” des Prix de la Créativité 2014.

Ici et là en Seine-et-Marne, les premières imprimantes 3D ont commencé à essaimer, y compris dans des TPE et des PME très réactives sur un marché promis à un bel avenir.

Il aura suffi d'un seul semestre pour que Naimeric Villafruela, fondateur du FabLab associatif Moébius (Cély-en-Bière) se convainque de la viabilité économique de son projet et lui donne la dimension d'une entreprise. “Moebius Factory est en cours de constitution et va pouvoir investir dans de nouveaux équipements et s'installer dans ses propres locaux” se réjouit le créateur qui conservera néanmoins une activité associative.

Cette évolution du 1er FabLab seine-et-marnais illustre le potentiel économique de nouvelle filière pour le département. De la TPE au grand groupe, les exemples ne manquent pas. Témoin, bien sûr, le FabLab que Snecma (Safran) a inauguré le 1er juin dernier au sein de son Atelier innovation Services à moins d'un km de son usine de Villaroche. Tout salarié du groupe aéronautique peut venir y donner forme à un projet de services lié aux technologies de l'information. “Avec l'aide d'une équipe de 14 personnes, dont 6 pour le seul FabLab, il doit pouvoir rapidement prototyper son idée pour la rendre facilement compréhensible par ses utilisateurs potentiels”, résume Fabrice Poussière, le responsable du FabLab. Ainsi, le prototypage rapide a permis de renforcer des initiatives telles que l'offre SFCO2®, un service lancé conjointement par Snecma et Sagem, deux sociétés de Safran, qui a pour objectif de proposer aux compagnies aériennes de réduire leurs coûts en carburant.

Plus modestes, mais à terme plus nombreux, sont les exemples de EOZ (Ozoir-la-Ferrière) ou de Made in 3D – Conceptuance (Val d'Europe). La première est une PME déjà ancienne (82 ans) qui a franchi le pas du numérique pour la production d'interfaces homme/machine (claviers, interrupteurs, etc.). “Auparavant, explique son Président, Loïc Gauthier, chaque prototype nécessitait un moule qui nous coûtait de 50 000 à 100 000 €. Aujourd'hui, la pièce nous revient de 50 à 200 fois moins cher !”.

Made in 3D, de son côté, s'est spécialisé dans le design et la fabrication d'objets 3D. La jeune TPE dispose de 4 imprimantes qui produisent des objets publicitaires, des maquettes d'architectes et des pièces parfois plus surprenantes comme cet élément du pare-choc de Porsche réalisé récemment pour un particulier. Éric et Gaëlle Marceau ont visiblement foi en ce nouveau service puisqu'ils ont même créé une formation d'un mois dédiée à la modélisation et à l'impression 3D. 
 

3DandCo à l'honneur

3DandCo (Cesson) s'est vu décerner en décembre le prix “la Seine-et-Marne est Créative”. Ce trophée départemental récompense la passion de l'innovation de Céline et Julien Guillen et leur aventure entrepreneuriale dédiée à l'impression 3D. À leurs clients professionnels et grand public, ils proposent de fabriquer toutes sortes d'objets (bijoux, figurines, objets publicitaires...) sur fourniture d'une photo, d'un croquis ou d'un fichier 3D, en bronze, cuivre, bois ou bioplastiques à base d'amidon de maïs, grâce à leur impressionnante batterie – une vingtaine – d'imprimantes 3D.

L'impression est réalisée à Cesson ou sur les autres sites (Lille et Bassin d'Arcachon) au plus près du client. La formule ayant prouvé sa rentabilité, Céline et Julien Guillen réfléchissent à sa fidèle reproduction... via la franchise.

En savoir + : www.3dandco.fr

 


INTERVIEW : Christophe Chauvet,
 Associé et directeur du développement d'Elcimaï Réalisations

© Eclimaï

“Les FabLabs sont une vraie promesse de croissance pour nos entreprises. Dès lors qu'elles auront tous les outils nécessaires à l'innovation et à la fabrication numérique, la délocalisation perdra une bonne part de son intérêt.”

Certaines entreprises n'ont-elles pas déjà accès à des équipements et services proches de ceux qu'offrent les FabLabs ?

C.C. : Certes, notamment les grands groupes. Mais toutes les sociétés françaises et internationales qu'Elcimaï rencontre dans le cadre de ses activités informatiques et immobilières sont intéressées par les opportunités qu'un FabLab leur offre de se tenir informées des évolutions technologiques et des programmes de recherche et de collaborer avec des écoles, des universités et des centres de recherche.

Des sociétés vous ont-elles déjà fait part de leurs projets en Seine-et-Marne ?

C.C. : Oui. Je pense à deux groupes du bâtiment, l'un anglo-saxon, l‘autre norvégien. Un FabLab au cœur du cluster de la ville durable ne peut que les intéresser ! J'ai aussi l'exemple d'un groupe agroalimentaire italien.

L'impression 3D, principalement, semble intéresser.

C.C. : Oui, à trois niveaux : le prototypage, l'outillage et la mise en fabrication industrielle qui, rapidement, pourrait éviter des délocalisations. Sans compter l'intérêt que portent aussi à ces équipements les fabricants de solutions 3D qui veulent proposer leurs technologies et développer de nouvelles technicités.
 

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Format : 11/2017
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