Publié le 29/03/2016

Développement économique : une nouvelle feuille de route pour la Seine-et-Marne

Société Nouvelle d'Installations Electriques (SNIE)
Société Nouvelle d'Installations Electriques (SNIE)

La Société Nouvelle d'Installations Electriques (SNIE), installée à Brie-Comte-Robert depuis 1971, a inauguré son nouveau siège social en juin 2015 près de la zone logistique de la commune, en accès rapide à la Francilienne. Son effectif est passé de 100 employés en 1991 à 350 en 2010 puis 440 en 2015. Ce nouveau siège a été conçu comme un campus à l'américaine, l'une des priorités des dirigeants étant d'offrir des conditions de travail optimales à leurs employés. Ils ont donc porté une attention toute particulière à la notion de qualité de vie au travail.

Promulguée en août 2015, la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (Loi NOTRe) redistribue profondément les cartes du développement économique, désormais exclusivement confié aux Régions. Mais s'il ne peut dorénavant aider directement les entreprises à innover ou à exporter, le Département de Seine-et-Marne entend néanmoins poursuivre son action pour favoriser leur compétitivité, soutenir l'emploi et contribuer à l'émergence de nouvelles infrastructures de façon à renforcer l'attractivité de son territoire. 2016 sera une année clé pour la définition de cette nouvelle stratégie.

 

DES ATOUTS À VALORISER

Disneyland-Paris, avec 15 000 salariés, est le plus gros employeur de Seine-et-Marne. © Disney

Dressé en 2014, le Portrait économique de la Seine-et-Marne met en lumière les forces et les faiblesses du plus vaste département d'Île-de-France. Les défis ont été clairement identifiés pour que son dynamisme démographique et sa capacité à innover fondent un nouveau modèle de développement qui bénéficie à sa population.

Malgré tous les efforts entrepris ces dernières décennies, un chiffre refuse obstinément d'évoluer en Seine-et-Marne : “0,65, le ratio entre emplois et actifs dans notre département. Il signifie que quatre actifs seine-et-marnais sur 10 quittent chaque matin la Seine-et-Marne pour se rendre à leur travail, résume François-Xavier Deflou, Directeur général  de Seine-et-Marne Développement. Pourtant, près de 100 000 emplois y ont été créés ces 20 dernières années (+ 26,5%), soit plus du double de la progression francilienne (+ 12,7%). Sauf que nous avons aussi enregistré la plus forte croissance démographique de France (+ 50,9% entre 1982 et 2011) et que le ratio emplois/actifs n'a donc pas grimpé comme nous l'espérions”.

11 000 créations d'entreprises en trois ans

Mieux fixer les salariés seine-et-marnais dans leur département entraînerait de nombreux bénéfices : qualité de vie, réduction d'émission de gaz à effet de serre et développement des services aux entreprises donc, in fine, de l'emploi. Or, les raisons d'y croire ne manquent pas. François-Xavier Deflou cite notamment le fort développement du tissu économique avec la création de 18 000 établissements entre 2006 et 2012 (+ 19,4%). 8 millions de m2 de bureaux et locaux d'activités sont sortis de terre entre 2002 et 2012, soit 20% des constructions dans la région, mais le premier département français pour les surfaces d'entrepôts doit consolider son offre tertiaire. L'agence économique du département s'est par ailleurs mobilisée avec succès pour faire émerger le nouveau concept du coworking. La construction d'un réseau haut débit favorise enfin de nouveaux usages TIC et le télétravail...

Les analyses sectorielles et territoriales de l'économie seine-et-marnaise font apparaître que, dans notre contexte de mutations, le secteur tertiaire prend aujourd'hui le relais d'une industrie en difficulté. Le tourisme, le commerce, les services ou la logistique deviennent les nouveaux secteurs clés. Mais les disparités territoriales continuent de se renforcer. 80 % des emplois créés entre 1999 et 2010 sont concentrés dans les trois grands pôles de Marne-la-Vallée, Melun – Sénart – Villaroche et le Grand Roissy, qui cumulent à eux-seuls les deux tiers de l'emploi dans le département.
 

LES CHIFFRES CLÉS DE L'ÉCONOMIE EN SEINE-ET-MARNE

- 1 365 200 habitants au 1er janvier 2015 (10e département de France, + 50 % entre 1982 et 2011).

- 87 000 établissements dans le secteur marchand au 1er janvier 2015, dont 75,3 % possédant moins de 200 salariés. Huit seulement comptent plus de 1 000 salariés, dont Disneyland Paris (15 000), Air France (8 000) et Safran (7 600), qui génèrent une forte sous-traitance.

- 12 300 créations d'établissements en 2012, dont 53 % sous le régime d'auto-entrepreneur.

- 444 689 emplois (7,9 % du total francilien) principalement salariés (92 %), dans le tertiaire (30,1 %), le commerce (16,6%), les services spécialisés et techniques (12,4 %) et l'industrie (7,1 %). Les cadres représentent 15,2% des effectifs, au même niveau que dans l'ensemble de la France, mais en dessous de la moyenne régionale (28,3 %).

- Plus d'un salarié sur deux (52,2 %) est employé ou ouvrier.

- 100 000 emplois créés entre 1992 et 2012 (11e rang national).

- 330 zones d'activités économiques

- 8,4 % de chômage

- 18 % des demandeurs d'emploi ont moins de 25 ans.

- 66 710 demandeurs d'emploi en fin de mois (DEFM) catégorie A au 1er janvier 2015.

Source : Seine-et-Marne Développement – Janvier 2016

 

VINCENT GOLLAIN,

DIRECTEUR DU DÉPARTEMENT ÉCONOMIE DE L'INSTITUT D'AMÉNAGEMENT ET D'URBANISME D'ÎLE-DE-FRANCE

Quelle vision de la Seine-et-Marne a-t-on à l'échelon régional ?

V.G. : Dynamique. Pas seulement en termes démographiques, mais aussi pour les entreprises et emplois créés depuis 20 ans. L'image d'une Seine-et-Marne résidentielle et agricole n'a plus lieu d'être. Fondée sur une logique de desserrement, sa croissance s'appuie sur des moteurs économiques et touristiques d'importance.

« LA SEINE-ET-MARNE DEVIENT UN TERRITOIRE D'EXPÉRIMENTATION ÉCONOMIQUE, QUI ACCOMPAGNE LES ÉVOLUTIONS DE NOTRE SOCIÉTÉ. »

Le plus grand département francilien offre beaucoup d'espace. Est-ce un atout décisif ?

V.G. : Oui. Les sites majeurs, Roissy, Marne-la-Vallée, Sénart ou Meaux ont encore des disponibilités. Les agglomérations plus petites aussi, comme Fontainebleau qui possède une image forte : touristique, patrimoniale, mais aussi business, avec l'INSEAD, une grande école dont le programme MBA Global figure à la 1ère place du classement du Financial Times 2016, surclassant Harvard et la London Business School. Dans le système économique de la région, la Seine-et-Marne joue un rôle clé. Tournée vers l'avenir, elle répond à l'évolution des entreprises. Déjà territoire d'expérimentation pour la Ville Durable avec le Pôle Advancity, elle va désormais tester les besoins des usines 4.0 et modes de transports du futur.

 

LA LOI NOTRe REDISTRIBUE LES CARTES

Le Campus de l'INSEAD à Fontainebleau, une grande école dont le programme MBA Global figure à la 1ère place du classement du Financial Times 2016. © Isabelle Nègre

D'ici la fin de l'année, la Seine-et-Marne va faire évoluer sa politique de développement économique. Si le rôle de la Région Île-de-France est considérablement accru, le Département entend continuer à agir pour accroître son attractivité.

“Un emploi créé, c'est un revenu de solidarité en moins” aime à souligner Jean-Jacques Barbaux, élu en 2015 à la tête du nouvel exécutif départemental, qui affirme sa volonté de soutenir le développement des entreprises. Il a jusqu'à la fin 2016 pour peaufiner sa stratégie, puisque la Loi NOTRe, portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République, interdit en principe aux Départements d'aider directement les entreprises ou d'être majoritaires dans les structures opératrices d'actions de développement économique. Alors que le leadership de la Région est renforcé avec la maîtrise exclusive des aides aux entreprises et l'élaboration avant la fin de l'année du Schéma Régional de Développement économique, d'innovation et d'internationalisation, la Seine-et-Marne doit inventer une nouvelle politique pour influer efficacement sur son développement.

Renforcer l'attractivité des territoires

“La répartition des rôles est encore un peu floue, analyse le Président. En l'état actuel des choses, il apparaît par exemple que nous pourrons continuer à soutenir les collectivités pour renforcer leur attractivité et leurs opérations d'investissement vers les entreprises de services marchands destinés à la population rurale, lorsque l'initiative privée est défaillante.” L'aide aux filières agricoles (production et commercialisation) et touristique, deux activités majeures en Seine-et-Marne, semble également préservée.

Seine-et-Marne Développement, acteur incontournable du développement économique départemental (voir encadré ci-dessous), entend pouvoir continuer à intervenir dans la détection et le fléchage des projets d'implantation. Ceci afin de participer à la réduction du déficit de la grande couronne francilienne en la matière et ainsi améliorer le ratio emplois/actifs de son territoire. “L'Agence doit aussi conserver l'accompagnement de proximité des entreprises, pour les orienter au mieux vers les dispositifs et organismes régionaux”, insiste enfin Jean-Jacques Barbaux.

 

SEINE-ET-MARNE DÉVELOPPEMENT EN APPUI DUDÉPARTEMENT

Depuis 25 ans, Seine-et-Marne Développement accompagne les entreprises et collectivités. Entre 2013 et 2015, le Département a investi 407 000 € pour 74 entreprises dans le cadre du Fonds d'aide à l'export, 350 000 € pour 32 entreprises au titre du Fonds d'aide à l'innovation et 740 000 € pour 44 entreprises pour le Fonds e-Transformation, lié au développement numérique. La palme revient toutefois à l'aide aux entreprises et aux laboratoires menant des projets collaboratifs avec les pôles de compétitivité : 1,5 M€ ont bénéficié à neuf entreprises, dont 916 000 € pour le seul pôle Systematic Paris-Region. Quant au Fonds Attractivité, il a permis au Département, via BPI France, de soutenir des investissements structurants (2,23 M€) ou d'offrir des prêts participatifs de développement à hauteur de 467 000 € en faveur de 24 entreprises.

 

LES 10 POINTS CLÉS DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Ligne de montage CFM56 à Snecma Villaroche (Safran) – Seine-et-Marne. © Eric Drouin / Snecma / Safran

Contraint à modifier ses outils et sa stratégie d'appui au développement économique de son territoire, le Conseil départemental affirme ses priorités pour la période 2015-2018. Principal objectif : renforcer l'attractivité de la Seine-et-Marne au travers d'investissements structurants.

“Afin de conserver sa capacité à « faire levier » sur l'émergence de projets structurants,  Le Département doit rétablir ses capacités d'investissement malgré une conjoncture financière très dégradée.

La Loi NOTRe ne doit pas empêcher le Département de pouvoir continuer à contribuer au développement de son territoire”, observe Arnaud de Belenet, fort de sa triple casquette de Président de Seine-et-Marne Développement, Vice-président du Conseil départemental en charge du développement économique et Président de Val d'Europe Agglomération.

L'élu détermine ainsi les quelques enjeux stratégiques pour l'attractivité du département, grands territoires en mutation et filières économiques prioritaires. Secteur de Roissy, pôle tertiaire de Marne-la-Vallée, pôle industriel de Villaroche, meilleure articulation entre les secteurs ruraux et les territoires péri-urbains, redynamisation du Sud Seine-et-Marne... “Faute de pouvoir dorénavant aider directement les entreprises, nous devons peser de tout notre poids sur leur environnement. Outre une participation à ces grands investissements structurants, cela passera aussi par l'amélioration de l'offre immobilière, la connexion entre l'enseignement, la recherche et les acteurs économiques, le renforcement de notre marketing territorial et la recherche d'investisseurs”.

Le soutien aux grandes filières économiques

Le Département conserve aussi la volonté d'accompagner les entreprises. “Si nous n'avons plus le droit de leur verser directement des aides à l'innovation ou à l'export, il nous faudra trouver d'autres portes d'entrée, souligne pour sa part Denis Jullemier, Conseiller départemental, délégué au Plan de relance et aux relations avec les chambres consulaires et les syndicats professionnels.

Je pense principalement aux grandes filières qui font notre force : l'industrie, notamment aéronautique, l'agriculture et l'agroalimentaire, la construction et l'aménagement de la ville durable de demain, le tourisme ou les nouveaux usages numériques. Concernant l'aéronautique par exemple, qui pèse déjà lourd avec 135 établissements et 16 000 emplois, nous possédons des leviers d'intervention puisque nous sommes présents dans le Pôle de compétitivité ASTech Paris Region et dans le Syndicat mixte du Pôle d'activités de Villaroche. Ce dernier connaît un beau développement dans le sillage du motoriste SNECMA (7 000 emplois).

À terme, nous pouvons miser sur l'aménagement de 700 ha et la création de plusieurs milliers d'emplois supplémentaires”.

 

PIERRE LORY

CHEF D'ENTREPRISE, ANCIEN PRÉSIDENT DU MEDEF 77

Que pensez-vous de la Loi NOTRe pour le développement économique seine-et-marnais ?

P.L. : Je suis inquiet. En tant que Président du MEDEF 77, j'ai sillonné notre département, qui est très vaste. Je crains que la mise en œuvre de la réforme ne se traduise par une perte de proximité très pénalisante. Une gestion unique des fonds d'aide est envisageable, mais l'échelon départemental doit demeurer pour l'information, l'orientation et le conseil aux entreprises.

« DANS UN DÉPARTEMENT AUSSI GRAND ET À L'ÉCONOMIE AUSSI DIVERSIFIÉE QUE LA SEINE-ET-MARNE, LA PROXIMITÉ DES ACTEURS DE L'AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT EST INDISPENSABLE. »

Vous-même aviez reçu une aide à l'innovation du Département il y a quelques années ?

P.L. : Quelques années après sa création, Seine-et-Marne Développement avait versé 30 000 € à BIOBank pour peaufiner ses traitements des tissus osseux avant greffe. Ma société était connue de l'Agence et la proximité déterminante dans la décision de nous soutenir très vite. Je crains que cette rapidité ne disparaisse avec l'échelon départemental. À tout le moins, la Région devra avoir un relais fort sur chaque territoire, Seine-et-Marne Développement pouvant à l'évidence jouer ce rôle.

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Format : 11/2017
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