Publié le 23/08/2016

Dammartin-en-Goële : CTD, l’imprimerie de Michel Catalano, renaît de ses cendres

CTD
CTD

Pour rappel, l’imprimerie de Dammartin-en-Goële avait été détruite lors de l’assaut des forces spéciales du 9 janvier 2015, afin d’appréhender deux terroristes responsables de la tuerie de Charlie Hebdo et de libérer l’otage, alors employé de l’imprimerie. Depuis lors, l’entreprise était hébergée dans des locaux transitoires au Mesnil-Amelot, locaux trouvés grâce à l’aide de Seine-et-Marne Développement. L’article du Parisien ci-dessous retrace le parcours de l’entreprise du 9 janvier à ce lundi 22 août, date de retour sur le site historique de Dammartin. Le Conseil départemental a versé à l’entreprise, en 2015, une aide d’un montant de 50.000€.

C'est beaucoup d'émotion de voir arriver la première machine, nous voilà au bout d'une autre étape importante. Cette image est très forte, j'ai l'impression de sentir enfin une nouvelle vie qui commence. » Vingt mois après avoir été l'otage des terroristes responsables de la tuerie de Charlie Hebdo et avoir vu son imprimerie détruite par l'assaut des forces spéciales, le 9 janvier 2015, à Dammartin-en-Goële, Michel Catalano voit « la lumière commencer à s'allumer, au bout du tunnel ».

Après une période transitoire dans des locaux au Mesnil-Amelot, l'imprimerie CTD a commencé ce lundi son retour vers son site historique. Une première machine est arrivée, le déménagement va désormais continuer durant plusieurs semaines, en continuant la production en parallèle, éclatée sur les deux sites. Jusqu'à l'inauguration, le 29 septembre prochain.

Si le chef d'entreprise tenait absolument à relancer son activité là même où elle avait été stoppée malgré lui, il a cherché à effacer toute trace du passé dans ce nouveau bâtiment, entièrement repensé : « Je suis tombé ici, je me relève, et je recommencerai à marcher ici », assure le patron discret. « Mais tout sera différent, du portail d'entrée à l'agencement intérieur. Le bâtiment sera organisé par pôles, nous avons agrandi, ajouté une mezzanine. Chaque pièce aura un thème précis, pour réunir toutes mes passions. Reprendre au même endroit, c'est un combat psychologique important. Il fallait donc que ça change totalement. »

Car pour l'instant, quand Michel Catalano fait la visite guidée des lieux, il ne peut s'empêcher d'évoquer ce 9 janvier 2015. La salle de repos où était caché son employé Lilian, qui depuis a définitivement quitté l'entreprise, le bruit des pas des assaillants dans l'escalier métallique, celui du lance-roquettes qui tape sur la rambarde, chaque lieu est une image, un souvenir de son cauchemar. Mais il est en convaincu, sa thérapie passait par là. « Si j'avais pris une autre option, je ne m'en serais jamais sorti. J'aurais vécu ça comme un échec, un drame psychologique », résume Michel Catalano.

Alors, selon l'adage qui veut que ce qui ne tue pas rend plus fort, Michel Catalano a fait le pari que ce qu'il décrit comme « une péripétie de la vie » lui permettrait finalement de rebondir. Il a emprunté 500 000 € pour investir dans de nouvelles machines, a fait passer son équipe de 5 à 10 salariés et vise un chiffre d'affaires 45 % supérieur à celui d'avant le 9 janvier 2015. « Si on voit ça d'un point de vue purement économique, c'est totalement déraisonnable, sourit le chef d'entreprise. Mais je l'ai justement fait pour ça. J'avais besoin d'un objectif très difficile pour occuper toute mon énergie et soigner cette blessure-là. »

Après une perte de 45 % de son chiffre d'affaires en 2015, l'imprimerie navigue désormais à 80 % de son chiffre initial. L'équipe espère retrouver d'ici la fin d'année le niveau de 2014, avant d'atteindre ses nouveaux objectifs en 2017. « Je m'étais préparé à gravir le mont Blanc mais en fait je pense que c'est l'Everest, donc il y a encore du chemin », conclut l'imprimeur. Mais, entouré de sa femme, qui est également son associée, de son fils, qui travaille aussi dans l'entreprise, et de sa fille, Michel Catalano démontre chaque jour qu'il est capable de déplacer des montagnes.

Il a fait poser un second escalier et 24 caméras de vidéosurveillance

« J'ai créé un deuxième escalier et une deuxième sortie ! Si on n'a pas pu s'échapper, le 9 janvier 2015, c'est aussi parce qu'il n'y avait qu'une sortie. Alors même s'il n'y a aucune raison que ça arrive de nouveau, j'y ai pensé. » Michel Catalano sourit lui-même des dispositions de sécurité qu'il a prises pour ses nouveaux locaux.

Si elles semblent, pour tout un chacun, excessives, lui en avait besoin. « Pour me rassurer et pour que mon équipe se sente en sécurité », reconnaît-il. S'il avait un temps envisagé embaucher un gardien à plein-temps, logé sur place, son comptable l'a convaincu que ce n'était pas raisonnable. Le patron a cédé, mais il a tout de même prévu l'installation de... 24 caméras de vidéosurveillance et d'un système de sécurité de pointe. « J'ai bien conscience que face à des lance-roquettes, c'est dérisoire, mais c'était important », conclut-il.

R.C.

Article « Le Parisien » du mardi 23/08 de Rémy Calland – légende photo : Dammartin-en-Goële, ce lundi. La famille Catalano au grand complet, autour de la première machine qui a rejoint l'imprimerie. (LP/Rémy Calland.)

Tags: 

Abonnez-vous à notre newsletter

Format : 08/2017
Format : 08/2017