Publié le 06/06/2011

Aéronautique : La Seine-et-Marne met le turbo !

Tous les deux ans, le Salon International du Bourget met en lumière les plus récentes avancées technologiques des industries aéronautiques et spatiales. Grands groupes et PME/PMI seine-et-marnaises y sont présents, témoignant de leur contribution active au développement d’une filière clé en Île-de-France.

Tous les deux ans, le Salon International du Bourget met en lumière les plus récentes avancées technologiques des industries aéronautiques et spatiales. Grands groupes et PME/PMI seine-et-marnaises y sont présents, témoignant de leur contribution active au développement d’une filière clé en Île-de-France.

A380, plus gros commercial du monde décollant chaque jour de Paris-CDG vers New York.

 

 

 

 

Snecma Villaroche (Groupe Safran) plus gros employeur industriel de Seine-et-Marne.

 

 

 

 

L’innovation, la clé de la réussite

Si les Airbus sont montés à Toulouse, l’Île-de-France reste le premier bassin d’emploi et le centre nerveux de l’innovation aéronautique tricolore et européenne. Le Pôle ASTech Paris Région veille à ce que la région capitale conserve son avance et participe à tous les grands programmes dédiés aux avions du futur.

APS à Noisiel – spécialiste des solutions de revêtement durable dans le domaine de la mécanique de précision

 

 

 

Début avril, le Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (GIFAS) a présenté les résultats 2010 de la filière. Ils sont bons. Très bons, même. Chiffre d’affaires (36,8 milliards d’euros, +3,1 %), exportations (+4 %), commandes (+32 %), livraisons records (510 Airbus, 95 Falcon), emploi (8 000 embauches)… tous les voyants sont au vert. Le trou d’air de 2008/2009 n’est plus qu’un mauvais souvenir. “Ces périodes ne durent jamais très longtemps dans notre secteur”, observe Gérard Laruelle, le Directeur d’ASTech Paris Région, le pôle de compétitivité dédié à l’aéronautique et au spatial.
L’Île-de-France qui, à elle seule, pèse pour plus d’un tiers des effectifs dans ce secteur, entend bien tirer le meilleur parti de cette croissance. “On l’ignore trop souvent, constate Gérard Laruelle, mais notre bassin d’emploi (100 000 personnes) représente à lui seul plus que ceux de Toulouse (2e) et Bordeaux (3e) réunis. Emplois dont la plupart concerne la R&D : 90 % pour l’aviation d’affaires et 60 % pour la propulsion et les équipements”.

Rapprocher les PME des grands groupes

Une matière grise indispensable pour aider grands groupes et PME à relever les défis technologiques auxquels ils sont confrontés. “La question n’est plus de voler plus vite, résume Gérard Laruelle, mais de voler toujours plus propre et toujours plus économique. En 30 ans, la consommation de carburant par exemple, a été divisée par 5 ! Pourtant, il faudra faire encore mieux demain pour tenir l’engagement qui a été pris : assurer à partir de 2020 la croissance du trafic aérien international – qui double environ tous les vingt ans – à émissions de CO2 constante grâce à une nouvelle génération d’avions”.
Autre challenge : respecter la directive européenne Reach qui prohibe déjà quelques dizaines de produits parfois très utilisés dans l’aéronautique, tels les chromates ou les sels de cadmium.
La solution ? L’innovation. ASTech Paris Région est le pôle de compétitivité qui affiche le meilleur ratio avec 27 projets financés parmi les 33 labellisés pour un total de 150 M€. Parallèlement, le pôle s’efforce, au travers du programme Perform’aero (cf. encadré), d’aider les PME à se développer et à s’unir pour mieux satisfaire les exigences des constructeurs.
La Seine-et-Marne illustre bien cette évolution. Aux côtés de géants tels que Safran (cf. p.9), une multitude de PME investissent et innovent pour tirer leur épingle du jeu. 119 d’entre-elles sont référencées dans l’annuaire d’ASTech Paris Région. À l’image d’APS (cf. p.09), elles contribuent à la conception de l’avion de demain et embauchent. “Dites-le aux jeunes, notre secteur peine à recruter les ouvriers et techniciens dont il a besoin”, conclut Gérard Laruelle.

Site seine-et-marnais de Réau du groupe Safran ou se trouvent la Snecma, Hispano-Suiza…

 

 

 

 

 

 

Perform’aero, la tête de réseau

Perform’aero, c’est le plan d’actions en faveur des PME/PMI de la filière aéronautique et spatiale francilienne porté par le pôle ASTech Paris Région à la demande de l’État et de la Région et relayé par les CCI d’Île-de-France. Un plan d’actions qui a déjà débouché sur de nombreux “coups de pouce” : de l’accompagnement au développement durable à l’accès à l’intelligence économique en passant par le déploiement à l’international... Des exemples ? APS à Noisiel (cf. p.09) et le Laboratoire d’Essais de Montereau qui ont reçu l’appui d’un consultant pour leur projet de regroupement avec Galion, autre spécialiste des revêtements. JPB Systems (Brie-Comte-Robert), qui a pu mener à bien des missions aux USA et en Russie. Ou encore Servat (Torcy), bénéficiaire d’une enquête sur l’état de la concurrence dans la fabrication de moteurs électriques...
Dans tous ces cas, l’objectif était de rapprocher les PME/PMI entre elles et avec les grands donneurs d’ordre. Donc bien sûr de favoriser la croissance du secteur en termes de marchés, de créations d’emplois et de développement durable.

Contact : frederic.capelle_at_pole-astech.org

 

Hispano-Suiza mise à fond sur le “plus électrique”

L’avion “plus électrique” sera bientôt réalité. En Seine-et-Marne, la division Safran Power de Hispano-Suiza, le leader mondial de la transmission de puissance, investit pour décoller en tête.

Secteur montage : montage des sous-ensembles mécaniques et intégration des sous-ensembles dans les boîtiers.

 

 

 

Partir en pôle position et ne plus se laisser dépasser jusqu’à la ligne d’arrivée est le plus sûr moyen de gagner une course. Le groupe Safran l’a bien compris : il fait cette course en tête dans la compétition très serrée qui l’oppose aux autres grands motoristes et équipementiers mondiaux. En ligne de mire : l’avion “plus électrique” de demain. Non pas un avion propulsé par l’électricité, mais un avion “davantage” électrique, puisqu’en seront exclues les énergies hydrauliques et pneumatiques. “C’est la prochaine rupture technologique majeure du secteur aéronautique”, promet Serge Berenger, tout à la fois directeur de la stratégie R&T chez Hispano-Suiza et directeur de la Division Safran Power. Cette entité opérationnelle est spécialement dédiée depuis 2009 à l’activité électronique de puissance et de systèmes électriques.
Pour faire simple, le “plus électrique”, c’est moins de réseaux de fluides et par ricochet des économies de masse de carburant, des réseaux plus fiables et plus sûrs, une maintenance plus aisée et rapide. Et donc, au final, des avions plus économes et moins souvent cloués au sol.

1ères applications sur l’Airbus A380 et le Boeing 787

On imagine dès lors tout à la fois, l’intérêt des constructeurs à voir cette révolution s’opérer et celui des équipementiers à la mener à bien. Sur le site seine-et-marnais de Réau, Hispano-Suiza est le centre nerveux des recherches de Safran, menées conjointement avec les autres sociétés du groupe, Messier-Bugatti, Aircelles, Sagem, Snecma, etc. “Une centaine de chercheurs travaillent sur ce projet et nous en recrutons 30 de plus chaque année, détaille Serge Berenger. Les productions de nos premières réalisations – l’inverseur de poussée de l’Airbus A380 ou le système de freinage du prochain Boeing 787 – emploient déjà une trentaine de personnes.”
Mais tout ceci n’est qu’un début comparé à ce que sera l’avion “plus électrique” de demain. Avec le programme de démonstration AMPERES et le pôle de recherche SPEC (cf. “Matière Grise”, Trajectoires n°18), Safran investit actuellement 250 M€ pour livrer des solutions plus nombreuses qui chasseront définitivement les énergies hydrauliques et pneumatiques. Cela concerne tout à la fois l’électrification des ensembles propulsifs, du train d’atterrissage, des commandes de vol et de l’ensemble de la chaîne de l’énergie électrique de l’avion. “Il en résultera une nouvelle génération d’avions pour tous les grands constructeurs – Airbus, Boeing, Comac, Embraer ou Dassault – à l’horizon 2018/2025”, conclut Serge Berenger.

 

De belles opportunités immobilières à Villaroche

Locaux d’activités, bureaux et terrains immédiatement constructibles : Villaroche offre toutes les solutions aux entreprises désireuses de s’implanter dans son parc aéronautique et technologique. C’est le syndicat mixte du pôle d’activités de Villaroche (regroupant la Communauté d’agglomération Melun Val de Seine, le SAN de Sénart et le Département de Seine-et-Marne) qui commercialise ces biens situés à proximité immédiate de l’aérodrome et desservis par l’A5 et la Francilienne.
1 000 m2 de bureaux sont à louer (à partir de 150 m2) dans un immeuble de Villaroche Nord à un tarif très abordable (entre 80 et 100 € HT/m2/an). Les locaux d’activités se font quant à eux plus rares (40 € HT/m2/an), mais une trentaine d’ha sont constructibles : 26 ha (lots à partir de 2 000 m2) en location avec bail longue durée et 5 ha à la vente.

Contact : SYMPAV, Éric Lestien
Tél. : 01 60 68 83 90

 

INTERVIEW : Édouard Serruys, président du directoire d’APS (à Noisiel)
“Notre participation à Innolub a déjà généré deux sollicitations pour des programmes innovants en cours de labellisation”.

Quelle est la thématique du programme Innolub ?
E. S. : Porté par trois pôles de compétitivité – dont ASTech Paris Région –, le programme Innolub répond à la demande des grands donneurs d’ordres aéronautiques. Ceux-ci souhaitaient disposer de nouveaux revêtements plus performants. Objectif : prolonger la durée de vie de pièces de moteurs qui, subissant de très hautes températures, connaissent une usure rapide et un risque de fissure, d’où l’obligation d’immobiliser les avions pour des inspections très fréquentes et donc très coûteuses.

Comment intervient APS ?
E. S. : Aux côtés d’une quinzaine de donneurs d’ordres, PMI et structures de recherche, notre contribution – estimée à 4 ou 5 000 heures subventionnées à 45 % par la Seine-et-Marne – porte principalement sur la conception de revêtements innovants. Nous rendrons notre copie en juin et proposerons alors trois solutions. Il restera encore à les valider en termes de coûts et d’usages... mais nous sommes confiants !

Si l’une de ces trois solutions était retenue, quels seraient les effets pour votre société ?
E. S. : Il est trop tôt pour le dire. D’autant qu’Innolub pourra aussi avoir des retombées dans le spatial, la défense ou l’automobile...
Mais globalement, l’aéronautique pèse de plus en plus lourd dans notre activité. Elle représente actuellement 20 % de notre CA et permet d’espérer une croissance annuelle de 5 %.

ADR investit sur les avions du futur

Spécialisée dans les roulements à billes de haute précision, la société ADR (à Thomery) participe simultanément à trois programmes de recherche du pôle ASTech Paris Région.

Et de trois ! ADR vient d’intégrer le projet MEKINOX (MECanique INOXydable) labellisé par le pôle ASTech Paris Région et financé il y a peu par l’État et les collectivités locales franciliennes. Avec 16 autres entreprises et structures de recherche, elle va plancher pendant au moins trois ans sur le programme piloté par SAGEM D&S – lequel consiste à développer de nouveaux aciers satisfaisants aux besoins du futur avion “plus électrique” en matière de vis à billes, roulements, engrenages et autres pièces de structures. “Nous essayons d’engager un nouveau projet chaque année, et donc d’en mener trois de front, explique le PDG Frédéric Seguin-Henry. Ainsi, nous collaborons également à MAIAS (cf. encadré) et à CISACS (Concept Innovant de Systèmes d’Actionnement de Commandes de vols secondaires et de Servitudes – 2008). Ce dernier, pour lequel nous avons reçu l’aide du Département de Seine-et-Marne, est en train d’aboutir avec la mise au point de composants pour des actionneurs de descente de trains d’atterrissage.”

Un investissement de 0,3 M€

La R&D est donc fortement ancrée dans la culture et la stratégie de cette PME d’une centaine de salariés rattachée au Groupe ALCEN. Avec les incertitudes qui en découlent. MEKINOX est un pari sur l’avenir pour la société. “Si nous aboutissons, nous n’en toucherons pas les fruits avant 4 à 5 ans, analyse Frédéric Seguin-Henry. Ce qui est sûr, c’est que nous investissons 0,3 M€ (avec une subvention de 30 %) dans un programme global de 3,9 M€”. Cette contribution se traduira notamment par le recrutement d’un docteur-ingénieur, d’un ingénieur et d’un technicien qui rejoindront l’équipe Technique et R&D déjà constituée d’une dizaine de personnes. “Nous consacrons en moyenne 7 % de notre CA (11 M€) à l’innovation. Dans le cas de MEKINOX, nous espérons pouvoir décliner les solutions initialement mises au point pour l’aéronautique dans d’autres secteurs d’activités. C’est en fonctionnant de la sorte que nous avons doublé notre CA et nos effectifs depuis 2004”.

 

Innovation tous azimuts

À l’image d’ADR ou d’APS, plusieurs PME seine-et-marnaises sont parties prenantes dans les différents projets d’ASTech Paris Région.
Ces entreprises ont été accompagnées financièrement dans le cadre de la politique des pôles de compétitivité du Conseil général de Seine-et-Marne. Elles ont ainsi l’opportunité d’associer leurs compétences à celles des grands groupes et des structures de recherche, sur des programmes d’innovation technologique qu’elles n’auraient pas les moyens de mener à bien toutes seules. JPB, par exemple, est associé à ADR dans le projet MAIAS (Maîtrise des Amortissements Induits dans les Assemblages). Avantis, pour sa part, travaille sur TOCATA (Technologie Optique Couplée à l’Analyse Topologique Automatisée), tandis que KBS participe à MODIPRO (MOdélisation du DIagnostic et du PROnostic). Citons encore Eurofarad, fabriquant de composants électriques de haute fiabilité associé à Hispano-Suiza sur SEFORA, l’un des premiers projets développés par le Pôle dès 2007, qui porte sur la conception d’actionneurs électriques intelligents pour environnements sévères. Les tests et démonstrations sont en cours.

 

INTERVIEW : Alain Coutrot, Président du pôle de compétitivité ASTech Paris Région
“Après l’Europe, c’est au tour de la France d’investir massivement dans l’innovation aéronautique. Dans les deux cas, l’Île-de-France est concernée au premier chef.”

L’aéronautique est la filière industrielle qui bénéficiera le plus du grand emprunt national. Comment cela se traduira-t-il dans les faits ?
A. C. : Quelque 900 M€ vont être investis par l’État – et autant par la filière –, ces 7 prochaines années, pour concevoir des avions aux performances environnementales acceptables. Les négociations se finalisent avec le Commissariat général à l’investissement, mais on peut déjà annoncer que 6 plateformes technologiques vont se consacrer à différentes thématiques.

Quelle sera la place de l’Île-de-France ?
A. C. : Tous les grands groupes concernés par ces programmes – hormis Airbus – sont présents dans notre région. Je pense en particulier à Snecma, à Dassault et aux équipementiers du groupe Safran.

Les PME pourront-elles bénéficier de cet élan ?
A. C. : Le Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile (CORAC) qui réunit tous les acteurs du transport aérien pour traduire les engagements du Grenelle de l’Environnement, et qui est l’interlocuteur principal de l’État dans ces programmes, s’est engagé à ce que 15 % des travaux de R&D générés par le Grand Emprunt soient confiés à des PME. Le pôle de compétitivité ASTech Paris Région y contribuera par son action de rapprochement et de coopération entre grands constructeurs et PME.

SOURCE

Trajectoires n° 21 – JUIN-JUILLET-AOUT 2011

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