Harold CHENARD
Publié par Harold CHENARD
le 10/06/2013

RSE = révolution + savoirs + empathie

La crise et ses urgences ont réduit le volume sonore de la responsabilité sociale d'entreprise. Même silencieuse, la RSE est pourtant la révolution qui nous aidera à sortir de l'impasse. Le mot de révolution n'est pas trop fort. Nous basculons dans la troisième génération de la RSE, qui conduit inéluctablement l'entreprise à réinventer son modèle pour y intégrer ses trois empreintes : économique, sociale et environnementale. La première génération, c'est le mécénat. La deuxième élève la préoccupation sociale et environnementale au rang de grande cause, consacrée par la création d'une direction interne du développement durable, puis de la RSE.

La troisième génération de la RSE n'en est cependant qu'au stade expérimental. Même les entreprises qui prennent le risque d'essuyer les plâtres (et parfois le scepticisme), les Danone, GDF Suez, Unilever, Renault, SNCF (et d'autres, de diverses tailles), ont la main qui tremble pour se lancer dans une remise en cause radicale de leur modèle. Le grand défi à relever pour entrer dans cette ère inédite est celui de la connaissance et de l'ouverture, les deux étant liés. Après le « R » pour révolution, le « S » de RSE résume l'exigence de savoirs et la lettre « E », l'empathie avec toutes les parties prenantes, internes et externes.

De nombreux travaux indiquent que, en élargissant son écosystème, l'entreprise démontre son utilité sociale (RSE deuxième génération) et augmente ses performances (troisième génération). Par exemple, une étude du cabinet de conseil Accenture et du réseau d'entrepreneurs sociaux Ashoka dans les sept principaux pays d'Europe. Celle-ci vient d'établir que, à condition de créer de nouveaux liens à la croisée du privé et du public, du marché concurrentiel et de l'économie sociale, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion représenterait pour une foule d'activités (santé, logement, énergie, finance...) des dépenses additionnelles de 220 milliards d'euros. Combattre ces fléaux tout en ranimant une croissance atone : impossible de ne pas exploiter un gisement aussi prometteur !

Les nouvelles alliances de l'entreprise seront fondées sur l'apprentissage croisé et la co-construction. Elle les nouera avec les acteurs, de plus en plus professionnels, de la sphère sociale et environnementale : associations, entrepreneurs sociaux, coopératives, etc. Et certains d'entre eux, à l'inverse, devront apprivoiser une logique économique, et même du profit, jadis étrangère à leur culture. Aucun exercice n'en apprendra autant à l'entreprise sur elle-même. Il l'invite à une créativité et à une agilité dans tous les domaines : innovation, conception de l'offre, chaîne de distribution, achats, recrutement, maîtrise des risques etc. Cette dynamique vertueuse lui fera franchir une étape : à l'objectif bien connu de pérennité (« sustainability »), s'ajoute celui autrement plus stratégique d'épanouissement (« thrivability »). Pour elle-même, pour l'économie et pour la société.

Un réservoir de savoirs stratégiques se dessine pour l'entreprise, qui dépasse de loin ses compétences techniques traditionnelles : la connaissance intime de ses partenaires, clients, employés, fournisseurs, engagés dans le nouveau modèle qu'ils construisent ensemble, ainsi que la connaissance d'elle-même, qui se transforme à leur contact. Mais la maîtrise de plus en plus complexe de ce capital immatériel requiert une culture et une organisation auxquelles de trop rares entreprises sont préparées.

Finalement, cette révolution naissante de la RSE troisième génération exige une rénovation du leadership : toute la ligne managériale, président compris, remplacera la direction de la RSE, reconnue pour son rôle d'éclaireur, mais qui pourra, tôt ou tard, se dissoudre. Elle suppose enfin une posture, qui n'est pas vraiment dans l'air du temps : pour être plus forte, l'entreprise devra s'inventer plus humble !

Nathalie Dupuis-Hepner et Gilles Le Gendre , sont membres des Company Doctors, réseau de consultants en entreprise.
Nathalie Dupuis-Hepner
Gilles Le Gendre

Par Les Echos | 27/05 | 07:00 l http://www.lesechos.fr/opinions/points_vue/0202767957436-rse-revolution-savoirs-empathie-569403.php

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