Chantal Etédali
Publié par Chantal Etédali
le 27/05/2016

Biobank: Une banque osseuse pour réparer le corps

Biobank conserve, transforme et commercialise des greffons osseux.

Pierre Lory et Claude Hennion développent le marché dentaire et regardent vers l'export. Pierre Lory et Claude Hennion développent le marché dentaire et regardent vers l'export.

Comment réparer des os, écarter deux vertèbres dont les coussinets sont usés, boucher un maxillaire creusé? Les chirurgiens orthopédistes et les chirurgiens dentaires trouvent des réponses chez Biobank.

La société a développé un savoir-faire pointu dans le traitement des os : elle les nettoie et les reconditionne. Ils servent ensuite à reconstruire des membres abimés. « Nous traitons de l'os humain, des têtes de fémur coupées lors des opérations de prothèse de hanche », explique Pierre Lory, fondateur de Biobank en 1999. Nettoyés, ces os sont traités par un procédé unique à Biobank, au gaz carbonique à l'état supercritique. Dans ces conditions très particulières de température et de pression, le gaz carbonique nettoie les os mieux que tout autre procédé : « toute la graisse est enlevée, ainsi que les toxines. Ce traitement supprime tout ce qui est organique dans l'os, donc il n'y a pas de rejet. » Ces os sont ensuite coupés en plaquettes, ou bien réduits en granulés ou en poudre.

En constante régénération

Vous avez peut-être l'impression que vos os ne bougent pas. Ce n'est pas exact. En effet, l'os humain est un tissu en constante régénération. « Quand on insère une pièce osseuse, on voit qu'elle est détruite et digérée par l'os du receveur en six mois », explique Claude Hennion, président de Biobank. Les orthopédistes sont les premiers utilisateurs des produits Biobank. Ils s'en servent pour réparer des os abimés, redresser des jambes (on met une cale!), écarter et souder des vertèbres... Dans le domaine dentaire, en pleine expansion, les chirurgiens-dentistes utilisent la poudre d'os pour combler les trous laissés par des dents arrachées par exemple. Une fois la poudre assimilée par l'organisme, on peut visser et installer un implant.

Fournisseurs et clients

L'activité de Biobank est ultra-encadrée et sécurisée. Pierre Lory rappelle les premiers pas de l'entreprise : « J'ai commencé en 1999, j'ai eu les autorisations de l'Agence nationale de santé du médicament (ANSM) seulement en 2003... Le premier chiffre d'affaires s'est fait en 2005 et la société n'est arrivée à l'équilibre qu'en 2009, dix ans après ses débuts. » L'activité de Biobank est encadrée par les textes de la loi bioéthique. Les têtes de fémur sont les seuls ossements qui peuvent être utilisés pour un usage médical. L'hôpital ou la clinique qui les donne à Biobank doit faire une prise de sang au donneur, recueillir son consentement. Le chirurgien qui opère la hanche est évidemment impliqué, et un contrat relie Biobank à l'hôpital ou à la clinique.

Un fait facilite les échanges : ce sont les mêmes chirurgiens orthopédistes qui prélèvent les têtes de fémur et qui réparent ensuite les os d'autres personnes. Ainsi, en quelques années, Biobank a mis sur pied un réseau d'environ 150 hôpitaux et cliniques français qui fournissent des os. La société a renforcé ses critères d'acceptation. « Nous récupérons uniquement des os de bonne qualité, par exemple, nous ne prenons pas d'os fragilisés par l'ostéoporose », souligne Claude Hennnion.

Des marchés en développement

Depuis l'origine, Biobank a participé à la pose de 60 000 greffons, soit 15 à 16 000 par an, essentiellement en orthopédie au départ. Depuis quelques années, le marché dentaire explose. « On pose environ 300 000 implants dentaires en France, contre 1 million en Espagne. Et pour la pose d'implant, dans trois cas sur quatre, on a besoin de rajouter de la masse osseuse. » A ce marché en croissance de 30% par an, Biobank vient de proposer un nouveau produit qui démarre fort : un implant osseux taillé exactement à la forme de la cavité à combler dans le maxillaire. Depuis novembre 2015, cinquante de ces greffons osseux Biobank ont déjà été posés.

En orthopédie, une autre application en développement est la pose d'une « cheville » osseuse pour faire tenir les tendons après une rupture des ligaments croisés.

L'exportation est une autre voie d'expansion. « Nous visons les pays qui ont des politiques de santé voisines de la nôtre : la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne, l'Espagne et peut-être l'Italie. » Dans tous ces pays, des règlementations diverses rendent l'entrée difficile.

Tout en travaillant à mettre le pied sur ces marchés, Biobank continue d'entretenir ses relations avec son « conseil scientifique » : cinq orthopédistes et cinq chirurgiens dentaires, des sommités dans leur domaine, « et intéressés par l'innovation technologique ». Biobank écoute les retours d'expérience de ces géniaux « menuisiers » du corps dont l'habileté fait des miracles.

Source : la Marne

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